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"Les gros et la vie affective"
Tout d'abord nos excuses pour ce compte-rendu qui s'est fait attendre. Vous êtes un certain nombre à vouloir connaître les références citées au long de cette après-midi si riche. Nous espérons ne rien avoir oublié sinon n'hésitez pas à compléter ce résumé et à l'enrichir de vos questions et commentaires.
Nous signalons également que le livre du docteur Waysfeld "Le poids et le moi" sortira à la fin du mois, ne vous étonnez donc pas de ne pas le trouver encore en librairie.
Nous allons essayer de résumer cette rencontre du 8 mars afin de vous faire partager les quelques réflexions que nous avons partagées et qui résonnent encore après cette après-midi intéressante passée en compagnie du docteur Waysfeld, membre du GROS, médecin nutritionniste, interniste et psychiatre. Sa vision large de l'humain tant sur le plan biologique que psychique et
son amour de la liberté à travers de nombreuses références culturelles nous ont conduits vers des considérations générales sur l'amour, la séduction, le désir, le plaisir et surtout le manque et son importance pour l'épanouissement du désir.
Avant son arrivée nous lui avions parlé de cette ambiguïté souvent soulevée concernant le fameux goût des FA, pervers ou non pervers? Le sujet étant si souvent sur la sellette c'est tout naturellement qu'il a essayé de décrire la perversité en disant schématiquement que le pervers ne peut aimer qu'un bout de l'autre et pas ce bout impliqué dans l'ensemble d'un être. Donc
la question reste posée. Peut-on considérer qu'un FA ne peut aimer que les bourrelets d'une femme sans en apprécier la forme, le mouvement, le charme général et la "beauté intérieure". Et bien il en est du FA comme de tout homme certains sont pervers d'autres pas. Cette définition demande à être modulée car on peut être fasciné par un détail de l'autre sans oublier le
corps qui va avec donc attention aux jugements hâtifs. Nous aurions aimé une plus forte participation de nos hommes mais il y en avait heureusement, n'est-ce pas Éric.
Puis Bernard Waysfeld a évoqué la nouvelle économie psychique décrite par Charles MELMAN (disciple de Lacan) dans ses entretiens avec Jean-Pierre Lebrun "L'homme sans gravité" et "Jouir à tout prix" chez Denoël
Depuis l'avènement de la contraception le rôle du père est de plus en plus disqualifié (méconnaissance de ce rôle). La famille éclate et nous assistons à une redistribution des valeurs. Le père selon les théories Freudiennes c'est le surmoi celui qui représente la loi c'est à dire la discipline et la censure. C'est également celui qui montre son désir. Sans ce cadre le
manque n'a plus sa place et l'on passe directement du désir à l'obtention du plaisir sans fantasmes mais aussi sans l'alimentation du désir et sans son approfondissement.
Bernard Waysfeld évoque alors les expositions d'art moderne telles que la FIAC où le sexe n'est plus évoqué mais montré. Les sexes féminins sont présentés au lieu d'être représentés tels des objets à consommer plutôt qu'à fantasmer ou à imaginer. En entrant ainsi dans le concret nous perdons en symbolique donc en capacité de verbalisation et de mentalisation. De façon
schématique du besoin à l'objet il y a le manque qui produit le désir et c'est cet objet qui va nous procurer du plaisir. En reprenant le prototype de l'objet plaisir le sein peut être évoqué, vecteur de plaisir induit par la mère et son comportement. L'idéal ce serait que la mère ne soit pas parfaite afin de permettre au bébé de fantasmer le sein absent en apprenant à
différer son plaisir et à faire naître le désir. D'après Winicott il serait important d'être là quand c'est important d'être là. A d'autres moments l'enfant n'est pas satisfait immédiatement ce qui lui permet de rêver ce sein et c'est à travers la représentation de ce sein idéal que le désir va pouvoir émerger. C'est ce que notre orateur a appelé le circuit long. Il lui a
opposé un circuit court qui supprimerait le désir par satisfaction immédiate de son envie de sein. Ce circuit court serait représenté par les mères gavantes qui donnent à manger avant que l'enfant n'en ait manifesté le désir provoquant alors une confusion des affects.
En revenant à notre sujet le circuit long ce serait cette approche de "l'objet" convoité sans en attendre forcément une satisfaction immédiate de ses pulsions et le circuit court qui serait plus consumériste et dont le but serait l'obtention d'un plaisir pour ce plaisir lui-même. Bien sûr tout cela reste très schématique et les expériences de la vie sont beaucoup plus
nuancées. Mais en évoquant cela notre orateur avait envie de répondre à cette plainte que nous avons de plaire a priori moins qu'une autre femme plus dans les normes de la beauté (et encore un bon nombre d'entre vous pourraient prouver le contraire...). Après cette brillante démonstration Bernard Waysfeld nous a dit que dans une vie on ne rencontrait pas plus de deux ou
trois "amours" grâce à ce circuit long, et dans ce chemin le poids ne compte pas, pas plus qu'autre chose d'ailleurs. Nous serions donc tous en mesure de rencontrer l'amour encore faut-il être prêt à le recevoir, ne pas en avoir peur ou bien être en mesure d'y répondre. Pour les circuits courts, c'est à dire la satisfaction immédiate d'un plaisir les règles du jeu semblent
plus conventionnelles. Les filles minces ou plus conformes à la moyenne peuvent avoir plus de succès encore que...c'est sans compter avec ce que nous sommes capables de développer justement quand nous ne sommes plus dans la plainte.
"La richesse de la vie c'est le temps de l'attente, le temps où il ne se passe rien a-t-il ajouté" mais nous sommes toujours si pressés...
A ce niveau de l'exposé des titres d'ouvrage ont été donnés:
- "La société sans père" de Gérard Mandel 60 - 62
- "Le sexe oublié" et "Non à la société dépressive" de Toni Anatrella, Paris, Flammarion,1993
Puis il s'est agi de l'inconnu et de sa nécessité avec l'évocation de Mehdi Ben Slama, psychologue, psychanalyste et sociologue. On a souvent peur de l'inconnu et pourtant il est constructeur et nécessaire. Nous nous réfugions derrière les écrans en pensant que les relations virtuelles sont de véritables présences humaines alors que l'expérience et tout ce qu'elle peut
apporter ne commence qu'à la rencontre. Notre orateur nous a ramené à la dernière strophe du poème de Baudelaire: le voyage "Au fond de l'inconnu trouver du nouveau" Mais pour cela il faut se donner de la peine et ce n'est pas parce qu'on perd du poids que l'on trouve l'amour.
Or c'était cela la question brûlante au bout des lèvres. Certaines acceptaient de jouer le jeu de la patience et de l'attente quand d'autres auraient bien aimé une recette ou une marche à suivre infaillible pour trouver l'élu(e). Après la pause certaines avaient envie d'entrer dans le vif du sujet. Comment séduire de la même façon qu'une mince sans se sentir défavorisé(e)
ou écarté(e) à cause de ce poids mal-aimé ?
L'important c'est peut-être d'accepter cette réalité tout simplement. Nous n'avons pas tous le même potentiel de séduction. Gros ou pas c'est une réalité pourquoi le nier en courant après un soi hypothétique. On peut se valoriser en tirant parti de son apparence. Mais ce qui rend séduisant c'est cette authenticité, cet appétit de vivre en dehors des regrets impossibles et
des projets inaccessibles. Il y a une certaine simplicité à vivre quand on accepte sa réalité. Bernard Waysfeld nous a conseillé de ne pas chercher à séduire en boîte car là n'est pas notre meilleur créneau dit-il et pourtant je me souviens de quelques comptes-rendus de nos fêtardes remuantes. Elles démentaient tout à fait ces précautions. A poids égal ou même supérieur
certaines se font courtiser d'autres moins. Nous pourrions sans doute en parler entre nous d'une autre façon que celle abordée cette après-midi là et il serait sans doute intéressant de poursuivre plus avant de tels échanges pour combattre les idées reçues.
Autre référence citée: D. Bourque " A dix kilos du bonheur", Montréal,l'Homme, 1990, ouvrage "fort" à lire absolument.
Puis nous sommes allés à la rencontre de "l'obscur objet du désir". Pour être bien il faut être comme l'Autre, comme l'image de l'autre or c'est d'imaginaire dont nous avons besoin pour entrer en relation les uns avec les autres et non de cette apparence stéréotypée et codifiée. L'apparence est si prégnante que le vêtement se fait peau et la peau décorée devient à son tour
vêtement et enveloppe que l'on donne à voir.
Les idées se sont succédées enrichies par les témoignages et les expériences de certain(e)s apportant quelques touches d'humour et de dérision dans ces propos parfois très psychanalytiques. Mais l'intérêt de tous semblait évident et c'est à regret que nous avons abandonné ce vaste sujet qui demande des éclairages plus nombreux afin que chacun y puise la force de s'accepter
enfin en vivant dès maintenant dans ce corps spécifique.
Et pour le mot de la fin, notre orateur nous a conseillé de nous dégager de cette quête de jouissance du tout, tout de suite. Difficile quand l'âge biologique tire la sonnette d'alarme, difficile quand on ne sait que faire de ce trop à aimer, difficile quand on pense qu'après avoir maigri cela ira mieux...
Mais le sujet est ouvert, à nous de le poursuivre en réfléchissant encore à ce que nous pourrions faire pour vivre et aimer sans peurs et sans reproches...
Sylvie Benkemoun pour Allegro Fortissimo
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