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L’apparence
physique : motif de discrimination Compte-rendu L'institut d'études politiques de Lille (IEP), avec FACE LILLE METROPOLE et l'ACSE (agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances, ont organisé un colloque le 18.11.09 à Lille sur l'apparence physique et les motifs de discrimination entre normes, codes sociaux, esthétisation et rejet de la différence visible. Ceci en rapport avec la création d'un master2, premier diplôme de France, en 5ème année d'IEP à Lille, sur la question de l'égalité des chances et le risque de discrimination. Les débats étaient dirigés par Monsieur Khalid Hamdani, directeur de l'institut d'Ethique et Diversité, dont tout le monde a pu apprécié la chaleur communicative et les remarques pertinentes tout au long des discussions.
L'apparence physique et la tyrannie du beau dans l'emploi Le risque de s'appuyer sur la beauté dans l'embauche, à CV égaux avec photos, fait que la personne la plus séduisante sera préférée dans la plupart des cas. Or le risque existe de passer à côté d'une personne pouvant apporter beaucoup plus à l'entreprise au travers de son expérience de vie. L'apparence et le comportement d'embauche visent actuellement à un conformisme normatif. Tous les CV sont rédigés de la même manière, les vêtements se ressemblent ( sorte d'uniforme) pour postuler à certains postes, la façon de se tenir, voire les mimiques apprises pour passer un entretien. Tous ces signes visibles de manque d'originalité et de mensonges enferment et les recruteurs et les chefs d'entreprise dans un choix restreint où la beauté peut devenir un critère d'embauche, puisque pour le reste, tout le monde se ressemble ou fait mine de se ressembler. Or, cette discrimination par la beauté, préjudiciable aux futurs employés est aussi un préjudice aux employeurs qui préfèrent se réfugier dans des codes connus, plutôt que d'aller chercher dans les signes invisibles des talents qui pourraient oeuvrer pour l'entreprise. La connaissance d'autres codes d'éducation, l'engagement d'un individu, voire l'originalité de sa pensée et de sa culture peuvent devenir un plus pour l'entreprise et les recruteurs, à condition que ceux-ci se défassent d'habitudes sclérosantes et s'ouvrent à la diversité du monde, y compris dans le travail.( Ce n'est pas gagné....c'est moi qui souligne! ) L'entreprise doit devenir intégrante. Il faut donc former les entreprises à prendre conscience de ses stéréotypes, à savoir prendre du recul, et lutter contre le déni qui consiste à ne pas reconnaître des discriminations qu'elles appliquent en toute bonne foi, au nom de préjugés obsolètes. Cela peut passer par le théâtre et les jeux de rôles, comme le "CLUB ETRE" qui forment des entreprises à Lille, en mettent en scène combien nous sommes TOUS dans cette sorte de conformiste, et comment nous pouvons en sortir. Quand on parle de discrimination, on pense aussi au handicap. Combien d'entreprises s'imaginent qu'un handicapé sera une entrave pour elle, préjugeant une situation qui, poutant, pourrait la surprendre si elle acceptait de ne pas se focaliser sur le handicap, mais s'intéressait à la personne humaine au-délà de son handicap. Sylviane Balustre d'Erneville de l'Oréal est venue parler de son travail qui consiste à former le personnel jusqu'au directeur général, à s'ouvrir à d'autres codes qu'au seul profil de beauté. Tâche éminemment difficile dans un tel cadre, mais qui a le mérite d'ouvrir la société internationale l'OREAL à un autre regard sur le monde et notamment sur les femmes. (Et si demain l'OREAL osait afficher tous les femmes dans toutes leurs différences ???? c'est moi qui souligne encore!)
L'obésité, entre stigmatisation et discrimination. Résumer un individu à son obésité est le nier dans sa dimension humaine. La table ronde a débuté avec Jean François Amadieu, sociologue et directeur de l'Observatoire des Discriminations, qui a rappelé les difficultés de trouver un emploi si l'on est obèse( seulement 36% en trouve) au même titre que le handicap (37%) la couleur de la peau (38%) l'âge (48%) et le look (48%), chiffres pour l'Europe. Jean Pierre Poulain, socio-anthropologue, a regretté la lecture médicale et politique actuelle de l'obésité dans une sorte de racisme en rappelant comment se met en route une stigmatisation de l'individu obèse. En premier lieu, par une interaction sociale (on colle une étiquette) qui définit en deuxième lieu le statut de la personne, qu'en troisième lieu la société justifie en discriminant cette personne, pour qu'en quatrième lieu l'individu obèse intériorise cette discrimination en se sentant coupable de son état, et qu'enfin la personne trouve normale ce qui lui arrive et va jusqu'à refuser les aides psychologiques ou autres par perte de l'estime de soi et de honte. La stigmatisation a maille à partir avec le monde médical et politique qui pensent pour notre bien. Le mot "obèse" est devenu une injure. Sylvie, psychologue, au nom d'Allégro Fortissimo a parlé de la honte et de la culpabilité qui affectent la persone obèse, tout en faisant remarquer les différences de ces deux ressentis. Dans le passé, être gros s'apparentait au péché de gourmandise, alors qu'être gros aujourd'hui relève de la consultation médicale et entre autre, du regard social qui condamne. Mais, souvent, on ne consulte pas, par peur de ces regards et jugements-là, or la personne obèse est en souffrance et a besoin d'aide. Le début du parcours d'une obésité est souvent précis et précoce, par des mots malencontreux prononcés par un médecin ou une autre personne de l'entourage. Il y a un avant et un après dans une sorte de violence traumatique du poids des mots, de l'impact du regard, ou de situations humiliantes. Ce peut être aussi la découverte brutale, sur la balance, d'un poids dépassant soudain les trois chiffres. Rappelons quelques préjugés relatifs à l'obésité : o les obèses sont responsables de leur état, ils mangent trop! o ils n'ont qu'à faire un régime et du sport! o ils n'ont qu'à se faire opérer et tout s'arrangera! o ils sont paresseux et ne se bougent pas! o ils sont moins compétents et plus lents! o ils ne peuvent séduire! o l'obésité est une maladie de la volonté! Rappelons aussi les résultats de recherches scientifiques "douteuses" en rapport avec l'obésité : o l'obésité, çà s'attrape comme la grippe. o l'obésité, çà rend bête. o l'obésité, çà pollue. Si les médecins pointent du doigt l'obèse, c'est qu'il est coupable de son état et que la société a le droit de le juger. La stigmatisation de l'obésité conduit dans le pire des cas à la honte, et la justification médicale du rejet augmente cette stigmatisation. Mais la honte isole et désocialise, atteint la valeur de l'individu et de l'image de soi. Elle entraine une inhibition et le blocage des émotions et leur enfouissement. Elle touche à l'être qui ne se sent plus digne d'être aimé et qui veut disparaître sous les regards méprisants. La honte, d'ailleurs est en rapport avec le regard et l'ETRE. La honte est aussi une tension entre le moi et l'idéal du moi, idéal qui peut-être collectif avec une société qui prône la minceur comme valeur de l'individu. Je ne suis pas mince, donc je ne vaux rien, ni à mes yeux, ni aux yeux des autres. En dehors de la honte, on peut se sentir coupable d'être obèse, et vouloir revenir dans la norme. On a commis une faute (selon les diktats de notre sur-moi), on peut vouloir la réparer avec des régimes, une alimentation équilibrée, manger cinq fruits et légumes par jour (selon les diktats du monde médical et politique), faire du sport, subir une chirurgie de l'amaigrissement..... On est dans l'autocritique, mais on essaie de réparer. Il suffit de FAIRE pour revenir dans la norme avec, hélas, les échecs que l'on sait et basculer ensuite dans la honte pour ne pas avoir réussi à revenir dans cette fameuse norme sociétale. Comment dans ces conditions requalifier l'humain et lui redonner la place d'une personne digne d'être respectée ? Le Dr Gérard Apfeldorfer, psychiatre et président du GROS a abordé ce thème au travers de sa réflexion sur l'obésité, en faisant remarquer que dans notre société post-moderne, le mangeur traditionnel, s'appuyant sur une culture ancestrale, a disparu au profit du mangeur "innocent", c'est-à-dire en demande continuelle de conseils scientifiques et médicaux pour gérer son alimentation. Autrefois, l'alimentation était intuitive, les sensations guidaient l'acte de se nourrir, aujourd'hui elle repose sur des croyances scientifiques. Notre société matriarcale a besoin d'une grande "matriarche" pour la guider dans ses choix alimentaires, matriarche représentée par le monde médical et politique. Il est nécessaire de : o de retrouver une manière civilisée de manger ensemble. o de prendre son temps, assis. o avec une fourchette. o de retrouver ses sensations. o de dédiaboliser la nourriture, car, si l'on mange avec culpabilité, on masque ses sensations. o de faire au besoin un travail sur les émotions (thérapie). o de retrouver l'acceptation de soi et de l'estime de soi, o en un mot DIGERER LA HONTE DANS UN MILIEU HOSTILE. o de revisiter le discours social sur l'obésité et montrer qu'il ne faut pas se laisser faire. o de travailler sur l'affirmation de soi. o de refuser la stigmatisation au travail. o de savoir que l'on peut séduire.( Il a même ajouté que l'on peut se promener sur les forums d'Allégro et constater que c'est vrai!!!!) o de refuser d'être des "ratés", des "moins que rien", et que la réussite ne se réduit pas à l'image esthétique. o et que la vie d'un être dépasse le CAPITAL de jeunesse, de beauté et de minceur que la société a érigé comme pensée unique. Aujourd'hui, le problème est politique et médiatique et qu'un colloque soit organisé sur les discriminations en y incluant le problème de l'obésité, montre que celle-ci est devenue un fait de société qui ne doit plus donner prise à la condamnation parce-que coupables d'être obèses. Allegro le 26/11/09 |