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Une Place à Table
« Nous, les personnes de forte corpulence, nous nous voyons souvent refuser une Place à Table, au sens propre comme au sens figuré ! Tous les jours, on nous dit qu’on ne doit pas manger ce que nous voulons, que nous ne devrions pas apprécier autant la nourriture, que quoi que nous mangions c’est de toute façon plus que nous ne devrions, que nous n’avons le droit qu’au strict minimum. La plupart des personnes de forte corpulence ont entendu ces rengaines des dizaines de fois, parfois sur un ton dur et cruel, parfois avec les meilleures intentions du monde… mais toutes ont été blessantes. Nous avons été harcelées et ridiculisés par des membres de nos familles pour chaque bouchée que nous avons mangée. Des « amis » nous ont arraché des mains des menus au restaurant. De parfaits inconnus sont venus nous voir pour critiquer ce que nous mettions dans nos chariots quand nous faisions des courses.
Le message
est clair et net : nous n’appartenons pas à la même table que les autres, Les gros se voient refuser les droits les plus élémentaires ainsi que le respect dû à n’importe quel être humain. Nous sommes la proie idéale de clichés ridicules, insultants et idiots dans les media. Nous pouvons être victimes de discrimination en toute légalité dans 49 des Etats-Unis d’Amérique ainsi que dans pratiquement tous les pays. Les équipements publics – des sièges de théâtre et d’avion jusqu’aux équipements médicaux essentiels – sont souvent inaccessibles aux personnes de forte corpulence. Curieusement, c’est à nous qu’on adresse des reproches pour ce qui nous fait défaut : on juge que c’est à nous de forcer notre corps à se faire plus petit plutôt que de demander aux fournisseurs d’espaces publics une plus large gamme de tailles ; nous sommes traités avec mépris si nous osons demander d’être mieux traités. Les professionnels de la santé sont prompts à blâmer notre surpoids dès que notre corps a un problème. Certains refusent de nous traiter tant que nous n’avons pas perdu du poids, ce qui met des soins appropriés hors de portée d’une grande partie d’entre nous. Ils continuent de prescrire des régimes (un traitement qui atteint un taux d’échec de 95%) et nous blâment quand le traitement échoue encore une nouvelle fois, nous poussant souvent alors à essayer quelque chose de beaucoup plus dangereux comme la chirurgie amaigrissante, ou des drogues risquées et à l’efficacité discutable. Les gros ne sont pas autorisés à prendre leur Place à Table et à jouir des droits et des privilèges basiques que les autres personnes considèrent comme acquises… tout ça parce que notre culture considère les gros comme moins humains, et donc moins autorisés à profiter du droit de l’homme minimal : un traitement juste et décent. Pendant que la plupart des gens semblent penser que c’est un problème anodin, d’autres ont payé le prix de cette injustice. Des personnes meurent à cause de la grossophobie et de la discrimination liée à la taille. « Une Place à Table » est un geste pour rappeler ceux que nous avons perdus et pour s’assurer qu’ils ne sont pas morts en vain et dans l’oubli.» |