Petite Gazelle

Je finis mes cours au lycée français de Casablanca. Fils unique d’une famille de commerçant, mon avenir est clair, je dois reprendre la plantation familiale. La confiance de mes parents m’est plus qu’acquise, ma mère espère, m’oblige, me protège ”MON fils” comme elle dit. Pourtant classé dans les meilleurs élèves, cette dernière année de lycée ne fut pas des plus exemplaires, à ce point que mes parents durent personnellement intervenir pour mon classement en université française, ce dont je ne suis pas fier. L’esprit vagabond et nostalgique, heureux et malheureux, alors que je me prépare à quitter mes amis pour la France, se résigne à l’idée de quitter “ma petite Gazelle“. Pour elle aussi tout est clair, d’une riche famille marocaines, elle partage mes années de lycée depuis mon arrivée ici, il y a déjà quatre années, ce sera la prestigieuse université américaine UCLA. Que dire, comment ne l’ai je jamais remarquée, comment mon être au fil du temps devint prisonnier de son image, de ses différences, de mes envies, comment je me mis à souffrir. Ma deuxième année d’étude vit mon esprit transporté dans des méandres profonds d’introspections insondables tant sa beauté renversante ému l’ensemble de mes sens que je ne croyais pas à ce point capable d’une telle agitation.

Champion d’athlétisme du cent mètres, j’avais par la force des choses acquis un corps musclé, puissant. Mes amis enviaient mes facilités à pouvoir produire un effort si intense si prompt à faire pâlir, ils me posaient des questions incessantes sur mon physique. Je n’y puis rien, des facultés naturelles. Je m’efforçais de suivre mon instinct, complexé que je suis par ma petite taille, le respect m’était acquis et ma sérénité reconstruite. Tout autant surpris par l’importance que les autres me portaient, aussi grande que ma timidité ne fût rien qu’au regard que je porte sur ma petite Gazelle. Je n’ai jamais cessé de me noyer dans la profondeur de ces yeux azurées et de sa peau naturellement dorée, l‘exotisme de Casa la blanche. Mon attirance, pour elle, est sans limite. Mon dieu, quelle Gazelle ! Sa féminité, ses fortes rondeurs, ses formes si naturellement idéales, qu’un malaise aussi spontané me saisit...

Mes amis enviaient mon physique si pure, si construit et cependant je m’enfermais inexorablement dans cette contradiction annihilant ma volonté de lui déclarer ma passion. Toutes ces années à se regarder, se frôler, à s’hésiter, sans jamais s’approcher, sans jamais se parler, cette année celle de la séparation survint. Comment exprimer cette violence, moi “body” comme m’appelaient mes amis, elle si gracieuse, si étrangement silencieuse, ou mystérieusement charmeuse avec ce corps si souple.

Cependant, après deux années de troubles, j’acquis ma plus belle victoire celle d’approcher sa meilleure amie. Elle ne cessait de convenir à notre union. “Je t’assure elle t’apprécie”, que comprendre, lorsque la passion vous apporte chaque jour sa corvée de mal être. Ainsi, je décidais de cacher mes émotions dans une indifférence quasi monacale, j’entrepris de rester de glace, je ne parviendrai jamais à faire le premier pas, tant, si peu vraisemblable me paraissaient ses propos.

Je suis perdu, je m’estime coupable, incapable de l’aborder. Par ma faute ? Par la faute des autres, du quand dira t’on ? Pourquoi cette Gazelle si belle, si charmante, si envoûtante, pourrait t’elle mettre destinée ? Le destin nous aurait t’il choisi comme ses nouvelles victimes ? Mais j’aime son visage, ses yeux, son corps de miel si bouleversant. Mon secret si chaudement confiner en mon corps intérieur, tant ma souffrance résignée à cette issue implacable reste inaccessible. Aussi fort que fut mon désespoir de la perdre pour un autre continent, une autre destinée, d’autres horizons, que je pris la décision d’anticiper mon départ comme seul exutoire à mon tourment, le temps devant se résoudre à refermer cette meurtrissure.

Trois années passèrent, pourtant motivé de revenir en France, ma première année d’université fut redoublé. Personne ne put expliquer cet échec alors qu’une période de mutisme paralysa le peu de confiance qu’il me restait. Intérieurement, je ne parvins à me reconstruire, j’avais perdu mon envie de courir et sans me rendre compte, je pris du poids. Inconsciemment, mon corps se transformait à mesure de mon désarroi, mon entourage se chargeaient de me le faire remarquer, mais mon attention ne se tournait qu’en moi même et mes inlassables tourments. Ne parvenant à fuire ma détresse, mes parents entreprirent de me faire revenir à Casa, “Ici au moins tu ne t’empatteras plus “ me disaient t’ils.

De retour, je retrouvais mes amis dont certains avaient réussis au delà de leur attente me disaient t’ils. Bien sûr leur étonnement fut grand de me voir si physiquement changé, mais leur pudeur et je crois leur intelligence discrète ne fit mots de ce changement car plus fort était mon trouble qui les accapara. Est ce la sensibilité des peuples du Sud ? Ou leur approche très aiguë de l’adversité ? Un de mes meilleurs ami me proposa de suite du travail, “tu nous reviens nous allons t’aider et t’accompagner, nous avons besoin de toi” et il me fit l’ébauche de ce que j’appellerais un plan de carrière en commençant par me former en anglais car son affaire explosait à l’internationale. Ses parents lui avaient choisi la formation interne et il jonglait avec les avocats, les banquiers, les commerçants. Toujours passif, renfermé, étonné, il me laissa ma chance. Je commençais à l’accompagner dans ses déplacements, il souhaitait former un second avec lequel il puisse avoir totalement confiance. Nous allions beaucoup en Europe, surtout à Paris. Je reçu une formation complémentaire en droit international des affaires, ce qui paraissait convenir à mon esprit individualiste et taciturne. Ainsi armé, il me permis de partir en éclaireur sur une très importante affaire, qui se négociait à San Francisco, afin de lui préparer le terrain lors de sa venue. Arrivé sur place à l‘hôtel Hyatt Regency, je fus averti par le secrétariat que tous mes rendez vous étaient annulés. Mon ami me téléphona le soir même furieux de ces déconvenues, me traitant de non professionnel, néanmoins me dit t’il notre plus important client a maintenu son rendez vous avec son avocat pour le lendemain à l’hôtel Maryott’s hotel bay side.

Le lendemain, après une nuit brisée, je me rends direction le lobby de l’hôtel Maryott’s au rendez vous convenu, y signalant ma présence. Après une heure d’attente, on me signale que mon rendez-vous est retardé, mais qu’une voiture viens me prendre pour me rendre downtown dans le quartier des affaires. Si perturbé par mon accrochage de la veille au soir, que je n’ai aucune réaction et je joins le parvis ainsi que la voiture qui accélère direction centre ville. Celle-ci stoppe après quelques centaines de mètres, le chauffeur sort en courant, m’ouvre la porte, me demande de sortir sur le ponton 39 immédiatement. Je m’exécute avec vigueur, un coup de vent violent balaie mes cheveux, l’océan claque sur les bords du pier 39, j’entends le chauffeur avec un français parfais “votre rendez-vous Monsieur”. Surpris, j’avance dans l’ombre d’un mûr, en direction d’une femme seule, d‘allure plutôt élancée, je m’approche et me présente. Elle se retourne lentement, et je découvre un visage anguleux et sec. Pétrifié, j’ose à peine y croire “ c’est toi, c’est bien toi ...“ . “oui, c’est ta petite Gazelle, tu ne te trompes pas”. A sa vue, je recule. “Surpris ? “ Me dit t’elle. “Oui, oui, plutôt, mais, mais, mais que t’est t’il arrivé ? “ “Eh bien, comme tu vois la petite Gazelle, c’est transformé en Amazone”.

Elle sort de l’ombre, son corps est parfaitement sculpté, affûté, bodybuildé, me dépassant même par sa taille. Ma réaction, devant ce corps si parfait, est si forte que je recule plus encore, songeant à ce moment à mon corps si rond. C’est alors que je fais demi-tour instantanément, j’accroche un taxi, que je hurle de me ramener à mon hôtel. Bouleverser par cette vision insupportable de ma petite Gazelle qui n’existait plus, je l’avais perdu à tout jamais. Ma vie en quelques secondes bascula en un cauchemar. Mon retour dans ma suite fut des plus étouffante, jamais ma gorge ne fut aussi lié, serré, autant que mes yeux qui contenaient toutes les larmes de ma peine et de ma douleur intérieure. Je l’avais perdu à jamais, plus rien ne contenait ma rage, le déversement de mes pleurs, si oppressant, me fit m’effondrer sur le sol. 
On frappa fortement à ma porte. Incapable de bouger, je restais allonger. J’entendis quelqu’un marcher dans la pièce, c’était elle. Je la regardais à genoux, les larmes coulant sur mon visage, noyant mes paupières. “Pourquoi ? ..... mais pourquoi ? ....” lui demandais je. Ses yeux rougis, elle répondit “J’ai fait cela pour toi” . Emporté par la tristesse, pouvant à peine ouvrir la bouche “Je t‘ai aimé si fort pourquoi, mais pourquoi...” . Peinée, de lourds sanglots dans la voie “J’ai travaillée si dur pendant 3 ans pour avoir ce corps, crois moi, j‘ai fait tout cela uniquement toi. Je sais absolument tout ce qui s’est passé lorsque nous étions ensemble à l’école. Je pensais que tu aimais ton corps musclé, je haïssais tant le mien. J’ai sacrifiée 3 années de ma vie pour toi pour ce jour... et je ne veux plus te perdre, je t’en supplies reste avec moi, je t‘ai toujours aimé, tu dois le croire, je t‘aime, je n‘ai jamais aimé que toi”. Je la regardais, en silence, un rayon de soleil parcoura sa peau dorée, en quelques mots elle venait d’ouvrir mon cœur afin d’y partager notre bonheur .
Nous passions la soirée ensemble en nous promettant de ne plus jamais nous quitter. Au petit matin, nous reçûmes un télégramme de Casablanca, c’était sa meilleure amie d’école qui nous souhaitait le plus beau des bonheurs et une gerbe de fleurs de mon ami signée “sans rancune”.

Gregg McFerty / 100% fiction / FA through the word.

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