Les orientations d'Allegro 

 

L’Assemblée générale arrive à grands pas. C’est le moment des bilans, des projets et des discussions.

Afin de permettre à tous de connaître les forces et les idées en présence voici un état des lieux des interlocuteurs, de leurs orientations et de nos prises de position.

En effet, depuis un certain temps déjà nous sommes présents sur de nombreux terrains que nous évoquons régulièrement mais il peut être intéressant de faire le point pour que chacun s’y retrouve.

La complexité s’accentue depuis la prise en compte politique de la question de l’obésité.

Monsieur Jean Marie Le Guen, député socialiste en est le chef de file.

Il  précise d’emblée l’importance de ne pas dissocier la lutte contre l’obésité de la prise en compte de la discrimination à l’encontre des gros dans différents aspects de leur vie (emploi, assurances, etc…).

Mais les idées pour lutter contre la discrimination restent imprécises.

Nous pensons en outre que certaines campagnes actuelles accentuent la marginalisation des gros.

En ce qui concerne la prévention de l’obésité des mesures sont proposées, que nous jugeons insuffisantes et potentiellement génératrices de stigmatisation.

Nous souhaitons donc être entendus dans toutes les décisions  pour lesquelles nous pouvons témoigner et apporter ainsi  notre expertise de personnes concernées.

Les organismes en présence

Il faut distinguer :

  • Les projets médicaux largement diffusés comme le PNNS (Programme National Nutrition Santé)

  • Des projets plus spécifiques d’amélioration de l’accueil des gros à l’hôpital avec les travaux de l’AP-HP

  • La politique de santé en matière de prévention et les propositions de Monsieur Le Guen

  • Les groupes de l’agro alimentaire qui sont largement pris à partie en ce moment pour essayer de trouver une solution à leurs incitations à consommer des produits gras et sucrés auprès des enfants, aux heures de grande écoute

  • Les structures plus spécifiques qui luttent contre la discrimination comme la Halde

  • Les Associations d’usagers qui demandent à participer à tous les débats afin de sensibiliser  les forces en présence à leurs problèmes spécifiques.

Deux orientations majeures se distinguent :

  •  Une lutte pour l’amélioration des conditions de vie de chaque gros qu’il soit dans une démarche d’amaigrissement ou non avec la prise en compte de ses différences et de ses besoins.
    Pour cela nous avons des actions spécifiques (assurances, transports, emploi) et des participations à des réunions d’information sur le sujet.
    Nous sommes régulièrement invités à des colloques de sensibilisation des différents partenaires. Le dernier en date s’est tenu à la maison de la chimie avec  pour thème :
    « Face aux risques, faut-il responsabiliser ou contraindre ? »

  •  Une autre tendance est une analyse médicalisée de la grosseur avec une action centrée sur la perte de poids et les techniques actuelles (la chirurgie de l’obésité) pour y parvenir. Il s’agit d’une amplification des mises en garde médicales centrées sur les risques liés à la santé.

 

LE PANORAMA MEDICAL

Des programmes existent actuellement dont vous entendez parler régulièrement.

Le PNNS (Programme National Nutrition Santé)

Ce programme élaboré collectivement a pour but d’enrayer la croissance de l’obésité, de la diminuer de 20% au cours du programme et surtout de prévenir son apparition.

Un premier programme a été établi sur la période 2001-2005. Il vient d’être reconduit.

Globalement c’est la campagne pour manger 5 fruits et légumes par jour et faire une demie heure d’activité physique par jour.

Actuellement l’accent est mis sur la consommation des glucides (pommes de terre, pain, etc.

Ce programme est plus complexe évidemment mais il ne s’agit que de faire le point pour s’y retrouver.

Une des mises en pratique du PNNS réside dans le programme EPODE (Ensemble prévenons l’obésité des enfants) lancé en janvier 2004.

Il s’agit d’un programme mis en place dans 10 villes de 10 régions différentes par un comité d’experts. Il est centré sur l’alimentation et l’activité physique dans un partenariat de la ville de l’école autour de ces questions.

Le point de discussion

Ces programmes sous entendent :

  •  que tout individu est en danger d’obésité

  •  que l’obésité peut se prévenir par des mesures connues et appropriées

  •  qu’il suffit d’avoir une bonne hygiène alimentaire et une activité régulière modérée pour en venir à bout.

Or ces mesures ont montré leur insuffisance chez nous et dans d’autres pays.

Nous pensons donc qu’il y a lieu de faire une analyse plus complexe de la question  en évaluant les résultats des traitements déjà en place avec des conclusions officielles.

(les régimes, la chirurgie de l’obésité)

Nous émettons des restrictions concernant un programme qui risque d’isoler encore davantage l’enfant ou l’adulte plus gros que la moyenne et le stigmatiser  en risquant de favoriser un développement des problèmes de comportement alimentaire.

Nous pensons en effet que les problèmes de comportement alimentaire sont plus graves et plus générateurs de dysfonctionnements que la nature des aliments ingérés.

Ces programmes peuvent  prétendre améliorer la santé des enfants mais ils sont insuffisants pour prévenir l’obésité sachant qu’ils existent ailleurs sans succès chiffrable puisque l’obésité se développe partout de façon importante.

Nous pensons, en préambule qu’il est important de considérer qu’il existe des individus plus gros que la moyenne, qui peuvent manifester des résistances à l’amaigrissement et grossir au fil des régimes, aggravant leur état de santé et le pronostic de leur obésité.

Il y aurait lieu de les distinguer à l’aide d’un protocole à définir afin de ne pas aggraver une situation qui pourrait rester plus modérée.

Nous partageons cette analyse avec le GROS (Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids) avec qui nous avons des rapports privilégiés depuis leur création.

En effet ils nous ont d’emblée accueillis et entendus, et proposent une réflexion de ce type.

C’est d’ailleurs ce rapport de partenariat que nous aimerions obtenir face à toutes les structures prenant des décisions qui nous concernent.

 

LA POLITIQUE DE SANTE

La politique de santé va dans le sens d’un encadrement des risques par des lois, souvent à l’état de projets mais nous sentons que l’orientation est davantage celle d’une règlementation que celle d’une responsabilisation.

Nous restons donc vigilants sur les encadrements proposés qui risquent d’isoler encore les gros en les mettant à part, ce que nous ne souhaitons pas.

Nous craignons d’être considérés comme de mauvais citoyens alors que pour un grand nombre d’entre nous nous avons fait de multiples tentatives pour améliorer notre IMC, en faisant confiance à des prises en change changeantes dont on connaît à présent les limites et les dangers à long terme.

En ce qui concerne l’étude des risques, il serait souhaitable d’avoir des informations sur les risques des traitements proposés et non seulement sur les risques liés à l’obésité.

La politique de santé s’intéresse à la prévention

 

L’INPES  ( INSTITUT NATIONAL DE PREVENTION ET D’EDUCATION POUR LA SANTE)

C’est l’organisme de santé public qui permet de discuter, d’élaborer et de diffuser des plans de prévention comme le PNNS.

Cette information touche de nombreuses questions de santé comme le tabac, le diabète etc et concerne toutes les campagnes de santé officielles

 

ACTION CONTRE LA DISCRIMINATION

Il nous semble difficile d’envisager la question strictement à travers des propositions de lois alors qu’il existe actuellement tout un système de discréditation des gros,  sur justification médicale.

Nous ne nous considérons pas comme une catégorie de la population à éradiquer ou à mettre à part mais comme des citoyens à part entière avec les mêmes droits que tous.

Certains secteurs restent sensibles comme les soins, l’emploi, les transports, les assurances.

Des améliorations sont en cours pour les soins hospitaliers spécifiques mais il reste beaucoup à faire dans les autres domaines.

Des structures encouragent l’étude des discriminations :

 

LA HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité)

Elle est compétente sur toutes les discriminations, directes et indirectes, prohibées par les lois de la République.

Elle est compétente pour toute différence de traitement illégale fondée notamment sur l'origine, le sexe, la situation de famille, l'apparence physique, le patronyme, l'état de santé, le handicap, les caractéristiques génétiques, les mœurs, l'orientation sexuelle, l'âge, les opinions politiques, les activités syndicales, l'appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, directe ou indirecte.

 

L’OBSERVATOIRE DES DISCRIMINATIONS

L’observatoire des discriminations, créé en décembre 2003, répond à la volonté de développer des recherches et études dans un domaine où le besoin de connaissance est important.  La mesure des phénomènes d’inégalité des chances dans l’emploi et de leur évolution constitue un enjeu économique, social et politique. L’observatoire a pour objectif de mener des études concernant toutes les formes de discriminations : Homme/femmes, ethniques, d’âge, religieuse, géographique, d’apparence, selon les orientations sexuelles, l’état de santé et le handicap, etc.

Nous sommes en relation  avec Monsieur. Jean-François AMADIEU

Professeur en Sciences de gestion (Université de Paris I) et Directeur de cet Observatoire

Le travail s’articule autour de plusieurs axes :

  •  Quelle est la situation de l’inégalité des chances au travail et des discriminations ?

  •  Comment les français et les salariés concernés perçoivent cette situation ?

  •  Quels sont les préjugés et stéréotypes à l’œuvre dans les entreprises et administrations ?

  •  En quoi les techniques de gestion des ressources humaines et notre droit sont-ils perfectibles ?

  •  Des évolutions sont-elles perceptibles ?

  •  Quel est l’impact des politiques publiques ?

  •  Quelles politiques et bonnes pratiques sont mises en ouvre par les entreprises et avec quels effets (accords spécifiques, chartes, pratiques relevant de la responsabilité sociale ou du développement durable) ?

  •  Existe-t-il un lien entre la diversité (de genre, ethnique, d’age, sociale …) et la performance des firmes ?

L’observatoire mène des travaux qui utilisent une grande diversité de techniques d’enquêtes et adopte une perspective pluridisciplinaire (gestion, sociologie, droit, économie) ce qui peut permettre d’enrichir la connaissance des questions de discrimination et compléter les efforts menés par les pouvoirs publics ou les associations dans différents domaines (parité, homophobie, racisme, etc.).

Parler de discrimination en matière d’obésité c’est espérer obtenir un vrai travail de repérage afin d’être entendus.

Il ne s’agit pas de nous sentir victimes mais de défendre nos droits, tout simplement.

 

L’INDUSTRIE AGRO-ALIMENTAIRE

L’ANIA, l’ASSOCIATION NATIONALE DES INDUSTRIES ALIMENTAIRES

Son action repose essentiellement sur la connaissance et la défense des intérêts transversaux des industries alimentaires.

Un encadrement est mis en place actuellement pour limiter les incitations à manger des produits gras et sucrés aux heures de grande écoute, principalement en direction des enfants.

Un projet existe également pour une meilleure connaissance de la composition des produits alimentaires avec indications plus lisibles

 

Le point de discussion

Nous sommes pour une diminution des sollicitations à manger mais contre une façon prohibitive de consommer par interdictions et réglementation trop stricte.

En effet, nous pensons que les interdictions favorisent la transgression et l’attrait pour les aliments interdits.

En ce qui concerne l’affichage de la composition des aliments de façon plus lisible, nous restons vigilants sur la façon de communiquer ces informations.

En effet, nous sommes opposés à toute publicité montrant qu’en mangeant tel ou tel produit on peut devenir gros, quitte à ridiculiser même gentiment nos » rondeurs ».

Il y a une différence entre lutter contre l’obésité et faire la chasse aux gros.

Nous sommes donc intervenus pour différentes campagnes publicitaires (Leclerc, Carrefour etc. et nous restons vigilants sachant que les publicitaires ne manqueront pas d’utiliser la campagne contre l’obésité dans leur communication.

L’ANIA préconise une communication positive. Pour nous, cette communication ne doit en aucun cas nous stigmatiser davantage. Nous n’avons pas besoin de cela.

Allegro le 02/11/05
 

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