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Obésité et
Maternité : Est-ce si difficile ?

Grossesse et obésité :
beaucoup de bruit pour rien ?
Le 27 mars dernier,
Allegro Fortissimo organisait une réunion d’information en compagnie du Docteur
Bernard FONTY, médecin gynécologue-accoucheur, autour de l’obésité et de la
grossesse afin de tordre le cou aux idées reçues et de faire le point sur les
risques encourus. Beaucoup de femmes grosses pensent encore – à tort – que
l’obésité est un obstacle à la maternité. Allegro avait invité à s’exprimer
Tout d’abord, est-il
plus difficile pour une femme obèse de tomber enceinte ?
C’est une idée reçue,
courante, qui découle directement de l’idée inconsciente qu’une femme forte doit
obligatoirement maigrir avant de tomber enceinte. Quand on connaît le pouvoir de
la pensée sur la fécondité, difficile de ne pas voir ici un frein majeur à la
procréation. Pour le Dr Fonty, « il n’y a pas de complications spécifiques.
Néanmoins, même s’il n’est pas forcément nécessaire de maigrir avant de tomber
enceinte, la médecine a constaté qu’une perte de 5 à 6 kilos pouvaient
notablement changer l’équilibre du corps humain en insuline ». Inutile pour
autant de se lancer dans une quête frénétique afin de perdre 20 kilos. Le choix
est donc donné à la future maman, mais il faut le répéter, perdre du poids avant
d’appréhender la grossesse n’est pas une obligation, mais un confort
supplémentaire.
« La cause la plus
fréquente de stérilité que l’on rencontre chez la femme obèse reste les ovaires
polykystiques. Sans qu’on sache pourquoi, elles y sont plus sujettes que les
femmes minces », explique le Docteur Fonty. Ce syndrome (SOPK) se traduit
par des ovaires gros, avec à leur surface de nombreux petits follicules qui ne
grossissent pas et n’émettent donc pas d’ovule. La cause de ce syndrome est
aujourd’hui inconnue, mais l’infertilité n’est pas permanente.
« En cas de
procréation assistée, le problème est surtout d’ordre technique, à
l’échographie, où il est parfois difficile de repérer le follicule et les
ovaires, Il faut dissocier sa relation au poids de celle à la grossesse. »
Avant d’être en
surpoids, on est une femme. D’où la nécessité de ne pas se rajouter un stress
supplémentaire en croyant que le surpoids sera source inévitable de
complications durant la gestation.
Le by-pass et la
gastroplastie peuvent-ils compliquer la grossesse ?
En aucun cas. Inutile
donc de faire desserrer l'anneau.
Le surpoids est-il
source de complications pendant la grossesse ?
Qu’on se le dise une
bonne foi pour toute : une femme enceinte et en surpoids court les mêmes risques
de complications qu’une femme mince. Il n’y a donc pas d’intérêt sur le plan
pratique à craindre une telle grossesse. Il faudra une surveillance plus
spécifique de la tension et du taux de glycémie, pour surveiller l’apparition
possible d’un diabète gestationnel. Peuvent également survenir des risques de
complications vasculo-rénales (hypertension artérielle, éclampsie, hématome
rétro placentaire, phlébite).
Doit-on éviter de
prendre du poids pendant la gestation ?
«Il est
souhaitable que la prise de poids pendant la gestation soit modérée, estime
le Docteur Fonty. La grossesse en soit est consommatrice d’énergie mais ce
n’est pas un bon conseil que de ne pas en prendre, ni un bon argument de dire
que le bébé va puiser dans les graisses. »
Contrairement donc
aux idées souvent véhiculées par le corps médical ou la famille, il n’est pas
souhaitable de ne pas en prendre du tout. Un embryon, un enfant puis un futur
bébé à quoiqu’il en soit besoin d’énergie et de « matière première » pour se
construire. De plus, la médecine constate que les bébés de poids normaux seront
moins sujets plus tard au développement du diabète ou à l’obésité qu’un bébé
déjà gros à la naissance. En conclusion, contrôlez votre poids mais ne vous
interdisez pas non plus d’en prendre (entre 7 et 8 kilos pour un IMC autour de
30). Sachez toutefois que pendant la grossesse, si l’augmentation d’un indice
d’IMC augmente le risque de césarienne de 7% à chaque fois. Pas d’explication à
ce phénomène mais une simple constatation de la médecine.
Une femme grosse et
enceinte aura forcément une césarienne ?
Pas plus que pour une
femme mince. Néanmoins, du fait de l’épaisseur de graisse pour certaines formes
d’obésité, les césariennes sont parfois plus difficilement réalisables.
L’anesthésie peut se révéler également plus délicate car il est connu que les
produits anesthésiants s’accumulent dans les graisses et prennent donc plus de
temps à s’éliminer. Cela nécessite des précautions de réveil, parfois plus long
que pour une femme mince mais pas d’inquiétude pour ces quelques instants que
vous aurez manqué avec votre enfant, cela se rattrape !
Techniquement, en
quoi la graisse peut-elle gêner, que ce soit pour les examens cliniques, ou au
cours de l’accouchement ?
« Tout dépend du
type d’obésité. A l’échographie par exemple, il est parfois difficile d’avoir
une image satisfaisante. L’adiposité peut gêner le passage de l’ultrason.
Concrètement, il n’y a pas de risques médicaux liés à la péridurale, »
explique le Docteur Fonty. Si ce n’est que la médecine constate un plus fort
taux d’échec pour sa mise en place.
Pour l’accouchement,
le monitoring peut également rencontrer des problèmes pour enregistrer les
contractions. En terme de matériel médical, fort est de constater que ce dernier
est souvent inadapté aux futures mères de plus de 130 kilos. Ces dernières sont
parfois difficiles à prendre en charge d’un point de vue logistique, mais tout
dépend de l’hôpital.
Que sait-on du
développement de l’enfant et des risques qu’une femme en surpoids lui fait
courir ?
Absolument rien. On
ne peut que constater aujourd’hui que dans certains cas, des enfants de mères en
surpoids ont des anomalies du système nerveux central (mal fermé, ou absence de
cerveau, 1 pour 10 000 en France). « L’hypertension artérielle peut également
être la cause d’un retard de croissance intra-utérine mais sans qu’on sache trop
pourquoi » déplore le Docteur Fonty.
En guise de
conclusion, cette réunion a permis de soulever de nombreux points de difficultés
dans une grossesse. Une véritable réflexion doit être engagée avec le corps
médical pour un meilleur accueil, sur le plan humain et matériel de ces mamans
dans les services de maternité afin que l’accouchement se passe au mieux pour
éviter le maximum de stress. Les problèmes de cicatrisation après césarienne,
que l’on rencontre souvent dans la littérature, n’ont pas été évoqués, ni le
rejet parfois de la société d’accepter q’une femme forte puisse devenir mère. Un
mal-être qui pousse beaucoup d’entre elles à penser que cette maternité leur est
obligatoirement refusée.
Cette réunion a tout
du moins permis de démystifier l’idée reçue que femme en surpoids ou obèse doive
obligatoirement perdre beaucoup de poids avant de tomber enceinte. Qu’on se le
dise, la maternité n’est pas l’apanage des minces, et une femme forte enceinte
n’est pas moins belle qu’une femme mince enceinte. Au bout du chemin, le même
plaisir : celui d’être mère.
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