Rencontre avec le ministre de la santé
du 15/05/06

Le communiqué de presse ( Fichier pdf)

Xavier Bertrand
Ministre de la santé

Nous avons préparé avec un grand soin ce rendez vous espéré depuis longtemps, qui s’est précisé à la suite de l’événement des » gélules tueuses » et de nos prises de position largement médiatisées.

Présidente, chargée de communication et chargée de santé, un trio très complémentaire pour vous représenter en nous positionnant d’emblée pour la prise en compte des plus gros d’entre nous, qu’ils soient enfants, adolescents ou adultes.

Le rendez vous, qui devait durer une heure un quart, a duré deux heures trente bien remplies. Nous avons été écoutées avec un intérêt visible.

Nous avions déjà été reçus par un des chargés de mission mais nous découvrions  de nouveaux interlocuteurs, une conseillère technique , médecin , son assistante  et notre ministre de la santé Xavier Bertrand venu nous rejoindre pendant l’entrevue comme il nous l’avait promis, publiquement. Nous avons senti combien ces participations féminines ont apporté de la proximité à nos échanges et nous nous en félicitons.

Une présentation détaillée et complète de nos activités et de nos buts  a  montré notre rôle de soutien, de défense et de resocialisation des personnes en difficulté avec leur poids.

Nous avons pu dire combien nous souhaitons offrir une possibilité d’expression à la partie non  « pathologique » de nos vies grâce à cet espace démédicalisé. L’association  permet  les échanges d’expérience, la possibilité de ne pas se sentir isolé dans une ambiance conviviale où chacun a le choix de participer comme il le souhaite à la vie du groupe et à ses engagements auprès de partenaires impliqués dans la question de l’obésité.

Nous étions alors dans le vif du sujet.

Avant toute réponse aux questions nous avons voulu nous exprimer sur l’impact des normes et la possibilité de les dépasser sans pathologies particulières, Nous souhaiterions différencier l’IMC, valeur idéale d’utilisation internationale qui permet les recherches et l’appréciation médicale du poids en fonction des pathologies et le poids de chacun qui peut ne pas être idéal et s’apprécier au cas par cas avant d’en faire un problème médical.

Nous avons alors évoqué certains poids de grands sportifs qui pourraient être qualifiés hors normes et qui ne font pas de ces personnes des obèses.

Nous ne sommes malheureusement pas de ceux là mais nous tenions à évoquer cette question pour trouver une juste mesure entre dépistages systématiques avec les excès que nous craignons tout en sachant qu’il existe des indicateurs spécifiques à surveiller pour réagir rapidement et éviter certaines obésités.

Nous nous situons d’emblée dans une recherche de communication moins alarmiste sur le poids afin de lutter contre ce climat de peur de grossir et d’être malade.

Tout individu n’est pas en risque d’obésité comme chacun peut le craindre dans les discours actuels. Mais certains peuvent le devenir en anticipant inutilement d’éventuelles difficultés de façon trop stricte. 

Les questions sur l’enfant nous ont immédiatement conduites au PNNS (Plan National Nutrition Santé) et à nos positions.

Nous avons pu dire alors combien nous ne nous situons pas en opposants mais bien dans notre cadre spécifique. Nous sommes tout à fait en accord avec la nécessité de la prévention mais nous souhaitons qu’elle n’isole pas encore davantage les gros et ceux qui le resteront, de toute façon.

Nous souhaitons qu’il n’y ait pas de confusion entre conseils de santé et conseils pour maigrir dans la compréhension de tous. Les messages vont bien dans ce sens mais souvent, ils ne sont pas compris ainsi.

Nous avons alors longuement parlé de l’activité physique à l’école en proposant d’aider l’enfant,  à prendre conscience de son corps, de son équilibre, de sa respiration,  de sa situation dans l’espace ce qui est possible pour chacun quel que soit son poids ou certaines de ses limitations. Des techniques existent à favoriser pour sortir de la performance qui met tant d’enfants en échec. Un apprentissage à la détente et une sollicitation de tous les organes sensoriels pourrait aider chacun à mieux vivre son corps.

Une meilleure tolérance des capacités individuelles constituerait alors une des réponses à la lutte contre la stigmatisation en milieu éducatif.

Nous avons développé nos arguments avec précision, en proposant des solutions  concrètes suscitant un intérêt marqué de la part de nos interlocuteurs. Difficile de tout décrire mais nous ne manquerons pas de développer ce point ;

L’intervention du ministre de la santé portait sur deux points :

  • les préparations à visée amincissante

  • la pression sociale de la minceur

Une recherche de solutions nous était proposée. Nous avons cité des expériences étrangères positives en déposant une copie des documents s’y rapportant.

En ce qui concerne la limitation des produits à visée amincissante un contrôle des médecins prescripteurs peut permettre de faire observer l’obligation d’information qu’a le praticien face aux produits qu’il prescrit.

Le ministre se propose d’engager l’HAS (Haute Autorité de Santé) sur ces sujets

Nous avons évoqué avec lui les difficultés que nous pouvons rencontrer du côté des assurances sachant que c’est un spécialiste. Des négociations sont en cours concernant toutes les personnes ayant des problèmes de santé particuliers. Il nous a rappelé à cette occasion que le questionnaire médical est interdit pour les emprunts jusqu’à 10 000euros à rembourser sur 4 ans. Nous participons déjà  aux discussions sur ce sujet. Nous serons convoqués prochainement.

Puis nous avons parlé des discriminations rencontrées chez certains médecins spécialistes ou non. Un projet de texte conjoint à envoyer aux différents conseils de l’ordre nous est proposé.

Ce document appellerait à la modération dans les propos et dans le diagnostic précoce d’obésité. Il s’agit de sensibiliser le corps médical à la réalité de la maladie obésité en évitant les jugements moraux et les injonctions à maigrir, parfois irréalistes.

Nous sommes arrivés alors tout naturellement à la question de la formation des médecins, du personnel soignant et de tous ceux qui sont en contact avec des obèses afin de sortir des préjugés.

Au-delà du DU (diplôme universitaire) il s’agit d’organiser une formation courte qui pourrait trouver sa place en formation continue et également dans des cadres non sanitaires.

Des contacts vont être pris.

Il va être procédé à un état des lieux des référentiels médicaux afin de les mettre à jour par rapport à nos connaissances actuelles.

En ce qui concerne l’obésité des adultes, nous avons distingué celles qui sont transitoires de celles qui se chronicisent et deviennent irréversibles.

Nous avons dit combien il est difficile d’aller chez le médecin pour les plus gros d’entre nous alors que des visites régulières pourraient atténuer les effets des complications liées à l’obésité.

Nous pensons que l’élaboration d’un protocole de suivi permettrait un dialogue plus juste et favorable à une meilleure santé pour les personnes concernées.

Nous participerons à l’élaboration d’un référentiel dans ce sens.

Nous avons évoqué les équipements hospitaliers et tout ce qui concourt à une meilleure prise en charge de notre population.

Nous n’avons bien sûr, pas oublié la chirurgie bariatrique (chirurgie gastrique de l’obésité) et ses conséquences à prendre en compte par la chirurgie réparatrice.

Nous avons demandé que ces interventions soient d’emblée indissociables en ajoutant les conséquences des grands amaigrissements obtenus sans cette chirurgie.

Ce point nous a semblé important pour les prises en charge et leur remboursement.

Des questions nous ont été posées sur les difficultés de certaines personnes à retrouver leur identité après de grands amaigrissements. Nous avons pu témoigner de la place qu’ils occupent parmi nous sans problèmes particuliers, un peu comme un sas de décompression des questions de poids trop présentes parfois. Nos réponses ont suscité un réel intérêt.

Nous avons évoqué également les difficultés de prise en charge de certains gros dans des établissements médicalisés, avec mention de problèmes particuliers que nous suivons assidûment et tout ce que nous risquons de rencontrer en dépit d’une mort prématurée annoncée.

Pour mémoire voici les rubriques de nos propositions :

1) Mise en place d’une réglementation

  • réglementation du marché des produits amaigrissants

  • réglementation concernant la publicité pour ces produits amaigrissants, comme celle qui existe pour le tabac ou l’alcool,

  • réglementation concernant les régimes restrictifs

2) Demande d’évaluation des traitements

         3) Réflexion commune sur les exemples étrangers :

4) Prise en compte les facteurs non sanitaires de l’obésité :

  • lutte contre les modèles de minceur excessifs

  • les troubles du comportement alimentaire,

  • impact de la stigmatisation (médias et comportements sociaux)

5) Prises en charge par la Sécurité Sociale (chirurgies bariatriques et réparatrices)

6) Réglementation à l’encontre de l’industrie agro-alimentaire pour une meilleure qualité de l’offre même en ce qui concerne les produits à bas prix, qui sont, pour l’heure, très gras, très sucrés ou très salés, et donc malsains et générateurs de prise de poids chez les personnes, souvent les plus défavorisées, qui les consomment, 

7) Réglementation pour l’accueil dans la dignité et la qualité de soins des personnes obèses dans les services hospitaliers et dans les maisons de retraites médicalisées, qui souffrent cruellement du manque d’équipement adapté et du personnel qualifié, entraînant des situations dramatiques pour des personnes obèses malades ou âgées que l’on ne peut pas soigner correctement, ce qui raccourcit leur espérance de vie.

Ceci est un résumé des grands points abordés sachant qu’il n’est pas exhaustif.

Mais cela montre que nous sommes partie prenante des actions de santé publique, des problèmes de chacun et de la réalité des différents problèmes à prendre en compte.

Au sein d’Allegro nous rencontrons des gens aux parcours de poids très différents.

Il ne s’agit pas de renoncer à quoi que ce soit mais de partager nos expériences pour œuvrer tous ensemble dans le sens d’un mieux-être pour tous.

Nous avons conclu en disant que nous ne sommes pas une poignée de gens satisfaits d’être obèses mais bien une équipe réfléchie, compétente et efficace, souhaitant faire avancer les choses et heureux à l’idée que l’on puisse prendre en compte ce que nous avons vécu, afin que cela puisse servir aux autres.

Pour ce rendez vous nous étions non seulement mandatés  par notre propre Association, Allegro Fortissimo, mais également par des associations de province qui nous demandé de les représenter : Amitiés Rondissimes, Nantes ; Rondeur en Plus, Rouen ; Tout en Rondeurs, Béthune ; Pakyna, Compiègne ; Rondes en Couleurs, Agen ; Grosso Modo, Beaucaire ; La Terre est Ronde comme Nous, Cherbourg ; Pèse-Plume, Bourg-en-Bresse.

Nous en profitons pour vous remercier de votre confiance.

De nombreux projets, pour lesquels notre participation sera sollicitée, nous attendent.

N’hésitez surtout pas à venir faire des commentaires, demander des précisions ou discuter des points de désaccord.

SylvieB

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