Michel Blondeau
Photographe
www.blondeaumichel.com

DESIR D’OPULENCE 2004.

Commentaires et réflexions sur cette exposition de photographies.

D’abord ,mon respect et mon admiration pour mes modèles. Elles se sont prêtées avec courage et un grand engagement à ce jeu de la pose dans mon atelier. Elles m’ont consacré 4 dimanches consécutifs, se prêtant à mes recherches erratiques pour trouver les lignes qui ravissent mon regard en surmontant leurs timidités de modèle débutante. Cette ingénuité face à l’appareil photo est aussi la matière qui fonde l’authenticité de mes photos.

Pour la petite histoire, j’ai fait à chaque fois 7 rouleaux de 10 vues soit environ 280 clichés en format 6x7 dont j’ai tiré ces 14 photos de l’expo.
L’installation est systématique: le même fond de matière tachée-griffée qui s’oppose à la blancheur laiteuse des peaux et une seule source de lumière soit zénithale soit latérale.

Nous avions rendez-vous à 14 heures ces 4 dimanches et la séance durait entre deux et trois heures.
Après les salutations et l’accueil, un café ou un thé, mes modèles se mettent en tenue d’ Eve . Un pola pour régler la pose et ensuite toute la séance. Au début je propose des directions: toi de dos, toi assise et toi de face entre les deux , puis au hasard, des lignes se dessinent, je demande de déplacer un pied, de rapprocher une épaule, de diriger un regard et je prends plusieurs versions d’une situation, parfois je laisse faire silencieusement quand je sens que la situation glisse vers une harmonie tout en rectifiant la crispation d’une main, la chute d’une mèche de cheveux. Je fais très attention à ne jamais aller jusqu’à l’inconfort sauf si la composition et l’ambiance l’impose occasionnellement. Je cherche à rendre très évidentes les courbes et les lignes, il faut que l’image soit calme, évidente, rythmée, musicale, je pense à des groupes monumentaux pour la sculpture à laquelle je suis très sensible.
Travailler avec des corps non canoniques me permet de faire facilement abstraction de ce qui peut être perçu comme disgracieux, ainsi je ne m’intéresse qu’à la musique des corps en utilisant ces petites dissonances qui contribuent à révéler l’harmonie.

Pendant tout ce temps , je suis toujours très conscient de la difficulté qu’on éprouve à être nu devant un objectif et un photographe pour la première fois. Et moi je cherche avec tous mes doutes , à tâtons, à faire émerger une icône, je suis à peu près aussi impressionné et fragile que mes modèles.

Lors de notre première rencontre avec mon groupe de modèles je n’avais qu’une ébauche de trame: j’allais faire des groupes. Pour le reste, j’étais pétris de doute: serais je assez percutant et libre?
Ce doute ne m’a jamais quitté et l’élaboration de ces images aura été somme toute laborieuse.

Je n’ai rien dessiné, programmé, j’ai adopté cette méthode dépouillée,, un seul fond, une seule lumière , pas d’accessoire.

A posteriori , plus que ces images, c’est ce temps passé ensemble, ce temps innocent, ce temps sans antécédent, sans histoire préalable, ce temps que nous avons passé seuls dans notre caverne de lumière, ce temps où nous avons cherché ensemble des graphies lumineuses, ce temps qui n’appartiendra jamais qu’à nous et qui nous est advenu parce que nous avons accepté le risque de chercher ensemble. Ce temps si précieux nous est advenu parce que nous nous sommes voués à l’expérimentation.

Ce travail sur la rondeur est mon engagement, je me dresse pour que ces corps trop souvent fustigés aient droit à la représentation. Nos sociétés doivent apprendre à aimer les “gros” ainsi que tous ceux-celles qui nous semblent différents car c’est toujours grâce à l’autre que nous apprenons à nous connaître nous-mêmes. MB
 

OPUS DÉESSES

Pendant des années j’ai photographié le corps féminin dans sa diversité en jouant avec des lumières non réalistes, en jouant avec la technique des surimpressions et des traces lumineuses ( ma première expo au Bock s’appelait lumitraces ). 

C’est à l’occasion d’une commande de photo de corps volumineux que je rencontre mon premier modèle corpulent . C’est  grâce à cette personne qui est depuis ma muse dans ce domaine que ce travail a pris forme, grâce à elle un autre modèle est venu qui a offert à mon objectif la liberté de son corps. 

A travers elles, il m’est apparu nécessaire de montrer celles que l’on préfère ne pas voir, celles que l’on veut faire maigrir vite au prix de grandes souffrances physiques et morales, celles qui sont bannies par le dictât des canons de la beauté modélisée et donc absentes des représentations standardisées. Et pourtant elles sont là, dans nos vies.

Mon regard s’en est allé du côté de cette différence et au fur et à mesure que mon travail avançait je me suis aperçu combien ces images étaient nécessaires. La rareté des photographies sur ce sujet le prouve, l’homo-erectus de 2003 ne souffre plus la vision de ces corps que la normalisation qui touche l’image nous impose.

C’est pourtant bien lui, l’homo-erectus qui nous a laissé ces statuettes de divinités féminines aux formes si généreuses qui symbolisent la fertilité, la prospérité et la maternité.  Dans certain pays d’Afrique, avoir une femme opulente est toujours un signe de réussite sociale. 

Il m’a fallut comprendre ce que racontent celles qui ont ces corps qui ont eu des histoires de souffrance et de mortifications mais qui se sont acceptées et qui se dévoilent pour vous ici.

Je souhaite donner a voir non pas l’aspect statique et alangui qui fait aussi partie des clichés dans ce domaine mais au contraire le côté sauvage et animal de ces corps voluptueux. 

Enfin , je ne remercierai jamais assez celles qui ont fait confiance à mon regard et qui ont consenti à se dévoiler . Ce qui ne leur fut pas facile.

Cette exposition est un témoignage de l’admiration qu’elles m’inspirent. MB

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