Lettre au conseil de l'ordre des médecins

A la suite des témoignages que nous recevons régulièrement il nous a semblé nécessaire d'alerter tous les conseils de l'ordre des médecins afin de les rappeler à leur obligation de soins en dépit de leurs préjugés contre les personnes grosses .
Les gros existent et existeront. Ils ont besoin d'être soignés et accompagnés s'ils le désirent en dépit d'une injonction à maigrir qui peut s'avérer parfois impossible ou inappropriée de façon systématique.
 
Nous leur ferons parvenir ensuite une charte de bonne conduite en cours d'élaboration.

Paris, 27 janvier 2007

Allegro Fortissimo est une association créée en 1989, qui défend et aide les personnes de forte corpulence et les réconcilie avec leur corps et leur image, vis-à-vis d'elles-mêmes, de leur entourage et de la société. 

En particulier, nous pensons qu’il existe et qu’il existera toujours des personnes ayant un poids en dehors des normes proposées. Certaines d’entre elles peuvent développer des complications qui doivent être prises en compte suivant les données acquises de la science. 

L’objet de ce courrier est de porter à votre attention notre inquiétude face à un nombre croissant de plaintes de nos adhérents et sympathisants liées à leur prise en charge médicale. Certains préfèrent même renoncer à entrer dans un processus de soins plutôt que de revivre ces expériences. 

Nous avons constaté que les connaissances de certains généralistes et spécialistes en matière de régimes restrictifs et de chirurgie gastrique de l’obésité ne sont pas actualisées. En effet, trop souvent le discours médical tenu est culpabilisant et isole le patient dans ses difficultés, véhiculant une idée reçue selon laquelle tout gros peut et doit maigrir.

De nombreux spécialistes s’accordent à dire que l’obésité est une maladie multifactorielle et que les régimes restrictifs aggravent les problèmes de poids dans le temps par le phénomène du yoyo. Ils peuvent également entraîner ou aggraver les troubles du comportement alimentaire au lieu de stabiliser une situation par un accompagnement souhaitable. Les complications de l’obésité peuvent se chroniciser alors. Les solutions proposées doivent tenir compte du développement de cette maladie pour apporter des réponses appropriées. L’obésité peut ne pas s’améliorer en dépit d’un faible apport calorique et d’une activité physique satisfaisante, voire devenir irréversible. 

La chirurgie gastrique semble considérée par nombre de praticiens comme une "méthode miracle" sans tenir compte des spécificités de cette prise en charge (population ciblée, suites opératoires, complications éventuelles, résultat à 5 ans et qualité de vie à moyen et long terme). Elle est proposée de façon large en négligeant parfois le protocole proposé pour de telles interventions. Le choix de ces solutions ne peut pas être arbitraire. Il doit résulter d’un dialogue et d’une véritable demande du patient. Le temps de la décision inscrit dans le protocole est nécessaire au bon déroulement de telles interventions et assure la pérennité des résultats obtenus. Il nous paraît important que la démarche chirurgicale reste un choix personnel du patient ayant pu donner un consentement éclairé comme acteur de sa propre santé. La chirurgie de l’obésité ne doit pas être une démarche de santé publique. 

Par ailleurs, nous sommes aussi régulièrement confrontés à un manque de respect de la personne soignée. Certaines spécialités posent un réel problème d’acceptation de notre différence. Nous avons recueilli de nombreux témoignages à ce sujet. 

Certains gynécologues nient la féminité de leur patiente et refusent de prendre en charge leurs problèmes gynécologiques et leur désir de grossesse. Le problème se pose aussi avec certaines spécialités chirurgicales où le lien entre l’obésité et les difficultés opératoires est assez souvent prétexte  à une non-prise en charge, ou à une justification hâtive de complications post-opératoires. 

Il devient classique d’être confronté à un chantage: "maigrissez et on vous aidera !" (quel que soit le motif de la consultation). 

L’amaigrissement ne doit pas être une condition préalable à une prise en charge médicale. Le praticien ne peut pas ignorer que demander à une personne obèse de maigrir pour être soignée, c’est repousser à des années voire à jamais sa prise en charge  Il s’inscrit dans un processus de refus de soins inacceptable. 

Or chaque praticien est tenu à une obligation de moyens. 

C’est pourquoi nous vous demandons de bien vouloir sensibiliser les médecins à leurs devoirs vis-à-vis de tous les patients qui doivent être pris en charge dans l’état où ils se trouvent suivant les règles d’éthique liées à la personne humaine. Nous vous demandons de bien vouloir les rappeler à leur devoir de soins en dépit de préjugés liés à l’image dérangeante des personnes obèses dans notre société

Nous sommes conscients des complications qui peuvent parfois être associées à l’obésité et à ce titre nous souhaitons que les personnes obèses puissent bénéficier d’un accompagnement médicalisé de leurs fragilités spécifiques afin d’améliorer leurs conditions et leur espérance  de vie

Dans l’espoir que notre démarche retiendra votre attention, nous vous prions de croire à l’assurance de notre parfaite considération. 

Allegro Fortissimo 01/02/07


Réponse

Madame Viviane GACQUIÈRE
Présidente de l'Association Allegro Fortissimo
B.P. 13
22, rue Deparcieux 75014 PARIS

Paris, le 7 février 2007

 

CBG/LB/SP -R07.030193
Objet: Prise en charge des patients souffrant d'obésité.

Madame la Présidente,

J'ai pris connaissance avec grand intérêt de votre lettre en date du 29 janvier 2007, par laquelle vous attirez l'attention du Conseil national de l'Ordre des médecins sur les difficultés de prise en charge médicale que rencontrent les personnes souffrant d'obésité.

Vous souhaitez que les médecins prennent mieux en compte les attentes de ces personnes et les accompagnent plus attentivement dans les différentes pathologies qu'elles peuvent développer.

Nous ne pouvons qu'adhérer à votre demande, d'autant que les dispositions de l'article R.4127-7 du Code de la santé publique -article 7, dispose que:
« le médecin doit écouter, examiner, conseiller ou soigner avec la même conscience toutes les personnes quels que soient leur origine, leurs mœurs et leur situation de famille, leur appartenance ou leur non-appartenance à une ethnie, une nation ou une religion déterminée, leur handicap ou leur état de santé, leur réputation ou les sentiments qu'il peut éprouver à leur égard. Il doit leur apporter son concours en toutes circonstances. Il ne doit jamais se départir d'une attitude correcte et attentive envers la personne examinée ».

Si des personnes sont mal accueillies par certains médecins, il convient qu'elles portent plainte auprès des instances ordinales, car cela ne peut être admissible.

Comme vous le savez, le Ministre de la Santé, dans le cadre de la loi de santé publique, a prévu un plan de prise en charge de l'obésité en France, qui concerne aussi bien les enfants que les adultes.

Nous pensons qu'il sera rappelé à cette occasion les devoirs des médecins vis-à-vis des personnes ayant du poids en dehors des normes proposées.

Nous vous prions de croire, Madame la Présidente. à l'assurance de nos sentiments les meilleurs.

Jacques ROLAND

180, boulevard Haussmann -75389 Paris CEDEX 08
Tél. 01.53.89.32.00 -Fax: 01.53.89.32.01
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