La réunion Allegro Fortissimo / Le Gros du 06/04/02

Le petit mot de bienvenue à nos amis du GROS

Nous sommes très heureux de vous accueillir parmi nous aujourd’hui pour cette première rencontre commune de nos deux associations. Cette réunion, si riche symboliquement nous montre si besoin était que vous nous considérez comme des personnes dignes d’intérêt et non comme des obésités à éradiquer comme nous l’entendons si souvent. Vous représentez le GROS, association de spécialistes médicaux et paramédicaux prenant en charge les problèmes liés au surpoids mais votre vocation est surtout celle de nous accompagner en respectant notre liberté de choisir ou non un projet d’amaigrissement et de dénoncer les méfaits des régimes et de tout traitement qui aggrave la situation au lieu de l’ améliorer. A problème multifactoriel prise en charge pluridisciplinaire par des praticiens ayant complété leurs connaissances de base par des enseignements complémentaires. Vous assurez une formation continue aux praticiens des différentes disciplines et vous réfléchissez collectivement aux questions posées par le surpoids. Un certain nombre de forums ont permis de poser des problèmes et d’y réfléchir sous différents aspects.. Vous nous donnez la parole que nous prenons parfois un peu souvent d’ ailleurs et il est réconfortant de se sentir écoutés et pris en compte ce qui n’est pas toujours le cas majoritairement.

Gérard, tu as été un des premiers à dire que gros ce n’est ni laid, ni sans volonté et que l’obésité qui galope est plutôt un phénomène social qu’une malédiction divine. Tes ouvrages sont lus et connus et tes nombreux passages dans les médias apportent toujours une parole de bon sens difficile à entendre parfois quand tous les magazines prônent l’amaigrissement comme valeur morale et seule voie de rédemption. Tu es fondateur et président du GROS, sigle qui correspond si bien à ton esprit subversif et à ton goût des bons mots.

Jean Philippe alors que tu prescrivais des régimes à une clientèle florissante tu as décidé d’arrêter en constatant leur nocivité. Dans un souci de remise en question constante tu balayes les idées reçues en disant que le problème n’est pas dans ce que l’on mange mais dans la perte des signaux internes qui nous éloignent de tous repères de rassasiement mais aussi de plaisir pour nous plonger dans la spirale de la culpabilité et des problèmes de comportements alimentaires. C’est ce que vous défendez tous les deux mais aussi l’ensemble des praticiens du GROS. C’est ainsi que vous en êtes venus au constat que les régimes font grossir et que l’on ne peut pas peser le poids que l’on veut. Et pour poursuivre la tradition subversive de votre groupe tu viens de sortir un livre au titre éloquent : « maigrir sans régime ».

Vous avez une approche à la fois nutritionnelle et psychologique ce qui place la prise en charge dans sa dimension complexe et humaine

Je crois que vous allez être assaillis de questions tant il est difficile pour nous d’allier désir de maigrir et constats d’échecs des différentes méthodes. Or celles-ci sont de plus en plus lourdes et de plus en plus mutilantes et forts de nos expériences passées nous sommes en droit de nous demander si les traitements d’aujourd’hui ne seront pas abandonnés demain à cause de complications et d’inefficacité.

Nous pensons que l’accompagnement de chacun dans ses difficultés avec le poids est nécessaire mais que l’amaigrissement n’est pas la réponse univoque à envisager face à des normes pondérales qui sont modifiées régulièrement et qui n’ont qu’une valeur expérimentale.

Le chemin à trouver serait celui d’un suivi centré sur les possibilités de chacun avec une demande débarrassée de toute pression normalisatrice.

Peut-être que la synergie de nos deux associations nous permettra de situer la demande non plus dans une réaction de peur face à des complications mortelles annoncées ou dans un désir de reconnaissance et d’acceptation mais plutôt dans le respect des différences et dans un choix de chacun débarrassé du jugement extérieur et des dévalorisations qui en résultent.

Vous êtes déjà dans cette démarche depuis longtemps parfois. Nous souhaitons que votre voix soit de plus en plus entendue parmi les professionnels et nous vous remercions de cette orientation qui nous respectent.

L’obésité se développe et s’insinue comme un pied de nez aux traitements proposés montrant peut-être que la toute puissance n’existe pas et que les normes sont faites pour être bousculées et dépassées.

Merci encore au nom d’Allegro Fortissimo et bienvenue aux questions puisque vous avez souhaité entrer directement dans un échange et non dans la délivrance d’un savoir figé

Sylvie Benkemoun pour Allegro fortissimo


Compte-rendu de la réunion

Nous étions 70 attendant patiemment la première rencontre entre Allegro Fortissimo et deux médecins représentants du GROS (Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids) à savoir Gérard Apfeldorfer dont nous connaissons les écrits nombreux "Je mange donc je suis", "Maigrir c'est dans la tête", "Maigrir, c'est fou!" et bien d'autres encore et Jean Philippe Zermati qui après avoir publié "La fin des régimes" vient de sortir "maigrir sans régime".

Ils partageaient visiblement notre intérêt et rapidement la dynamique de la réunion s'est installée prévue sous forme de questions-réponses. C'était l'occasion d'entériner le rapprochement de nos deux associations en nous montrant combien ils ont envie de lutter contre l'idée de minceur à tout prix et celle de la violence médicale qui y est attachée le plus souvent. Les questions ont débuté sur la structure de leur association et sur la communication de leurs idées si particulières dans le monde médical des médecins prenant en charge les problèmes d'obésité. Ce sont des médecins dont le discours est accessible. La parole est vraie même si apparemment l'espoir d'une solution magique pour nous faire maigrir n'est pas au rendez-vous. Des questions et des témoignages ont jalonné cette réunion de grande tenue où des échanges précis nous conduisaient de l'amaigrissement souhaité à l'acceptation d'une réalité biologique. Une mère était présente avec sa fille adolescente qui a pris la parole pour parler de son séjour dans un centre d'amaigrissement et des difficultés d'acceptation qu'elle rencontre. Sa maturité très étonnante pose la question de notre implication face à un public de cet âge car pour l'instant nous ne voyons pas d'adolescentes dans nos réunions. Nos différences d'âge, de milieux, de chemin dans l'acceptation de notre poids nous resituent dans notre nature d'association d'usagers et il est important pour nous d'avoir l'aval scientifique de médecins allant dans notre sens pour légitimer nos orientations et nos actions.

D'emblée ils ont annoncé la couleur: "le régime, ça fait grossir et on ne peut pas peser le poids que l'on veut"

80% de la population française surveille son alimentation sans le savoir. Actuellement on ne parle plus de régime mais de programme nutritionnel. Comme ce "programme" doit être poursuivi toute la vie et qu'il semble équilibré et digne de confiance plus personne ne se sent au régime. Gros ou non gros, nous avons intégré cette notion de contrôle permanent de la nourriture qui induit immanquablement une réaction opposée l'absence de contrôle et ses excès. Nous sommes de plus en plus loin de nos signaux intérieurs puisqu'on nous oblige à nous maîtriser en permanence sous prétexte de rester en bonne santé et de vivre le plus longtemps possible comme s'il était possible de nous faire entrer tous dans cette norme. les différences individuelles, la génétique et nos inégalités biologiques se rebellent. Non un individu programmé génétiquement pour être gros ne peut pas être "standard" sans fausser en permanence les réalités de son fonctionnement et risquer des réactions de révolte du corps mais aussi de la pensée en générant des problèmes de comportement alimentaire.

En dehors de ces facteurs génétiques de l'obésité il existe des envies de manger différentes de la faim qui sont une réponse à toutes sortes de difficultés affectives, émotionnelles et relationnelles. La prise en charge de l'obésité envisagée par le GROS est donc à la fois physiologique et psychologique. Il s'agit de retrouver ses sensations de faim, de rassasiement et de plaisir sans tenir compte des règles de diététique intériorisées tant elles semblent "saines et équilibrées". Il y aurait donc de la place pour le chocolat et le foie gras mais en dehors de toute interdiction. Dans ce cadre il semble que les pulsions boulimiques se calment et que le poids arrête de "s'emballer" dans la spirale du yo-yo si préjudiciable à l'estime de nous-même et à notre santé.

Sur le plan psychologique les traitements devraient nous apprendre à dissocier nos émotions de nos sensations alimentaires en trouvant des solutions différentes de la prise de nourriture. Ces prises en charge sont longues et le choix d'un ou de plusieurs praticiens n'est pas facile car il n'y a pas à l'heure actuelle d'adresses disponibles à Paris ou en province mais nos amis du GROS nous ont annoncé pour bientôt la possibilité d'avoir de telles adresses. Il reste alors le problème du coût de ces prises en charge qui n'est pas négligeable et malheureusement pour l'instant il faut se tourner vers des services hospitaliers spécialisés peu disponibles le plus souvent. Les docteurs Zermati et Apfeldorfer nous ont proposé des actions de groupe au sein de notre association pour nous apprendre à retrouver notre régulation c'est à dire à réapprendre à manger comme le ferait une personne mince qui compense de façon naturelle ses excès mais aussi ses différences d'appétit et ses plaisirs.

Dans le cadre de cette collaboration les contacts avec les médecins "traditionnels" n'appartenant pas au GROS ont été évoqués. Souvent maigrir est un préalable demandé en cas de pathologie associée au surpoids car pour un grand nombre de médecins maigrir serait facile et réalisable pour tout le monde. Cela aiderait sans doute mais dans un certain nombre de cas (obésité génétique) il n'est pas possible de maigrir durablement. Dans ce cas la prise en charge est nécessaire quel que soit le poids de l'intéressé. C'est une chose peu entendue dans l'ensemble car nous rencontrons souvent des personnes qui doivent perdre du poids dans l'urgence, afin d'avoir un enfant, de faire diminuer les chiffres d'une hypertension ou d'un taux de diabète. Le docteur Zermati nous fait remarquer très justement le fait que "les régimes ne marchent pas mais quand les gens ont des problèmes de santé liés au surpoids il faut les faire maigrir". Il se demande comment on peut mettre tout cela dans une même phrase. Comment nous faire entendre par les médecins? C'est un sujet qui pourrait constituer un thème de réflexion commun à nos deux associations et qui nous permettrait de nous faire respecter en n'acceptant pas n'importe quelle prise en charge, n'importe quel discours. Que de travail en perspective!

Alors quelle définition pour l'obésité, maladie, signe distinctif ou affection d'origine sociale? Pour les praticiens présents, "la maladie de l'obésité" c'est ne plus être capable de manger à sa faim. Ce n'est pas une norme pondérale mais la confusion de messages et une façon de ne pas être relié à ses sensations internes. Les injonctions à suivre telles ou telles règles aggravent cette situation ce qui pourrait expliquer l'augmentation du nombre de gros dans nos sociétés de l'abondance et de la maîtrise.

En résumé en aucun cas le poids d'équilibre (celui que l'on conserve en mangeant spontanément à sa faim) ne peut être choisi en fonction de critères arbitraires et subjectifs. Il nous a été recommandé un travail d'acceptation difficile à envisager parfois mais nécessaire pour vivre en paix avec nos propres réalités. C'est ce que nous disons d'ailleurs depuis longtemps à Allegro. Vivre maintenant dans le corps que l'on a même si un suivi médical peut être envisagé et couronné d'un certain amaigrissement.

le point a été fait sur les deux médicaments utilisés pour l'instant: le Xénical et le Sibutral qualifiés de "petits médicaments" par nos deux orateurs et prescrits comme adjuvants de façon très transitoire avec une efficacité relative;

Quant aux solutions chirurgicales, nous n'avons pas encore assez de recul et le problème du respect du protocole préconisé se pose avec une grande acuité. Le prochain forum du GROS portera sur ce sujet, nous ne manquerons pas de vous faire part des conclusions et de la position officielle du GROS qui doit en découler.

Les questions se sont poursuivies nombreuses et riches d'enseignement mais j'ai peur de voir vos yeux se fermer avant la fin alors je poursuivrai ces compte rendus d'autant plus que cette réunion sera suivie d'autres rencontres et d'échanges que nous sentons dès à présent sincères et au mieux de nos intérêts.

Après les autographes, les discussions qui n'en finissaient pas nous avons quitté presque à regret cette superbe salle décorée de la toile de notre chère Do et comme d'habitude nous sommes allés aux Furieux puis nous avons partagé joyeusement un dîner au Cyrano avec une bonne vingtaine de personnes.

Ce fut une journée très riche que je qualifierai presque d'historique sur le plan médical tant elle annonce un tournant dans notre association sur cette orientation et qui complète si bien l'aspect festif et convivial que nous avons connu il n'y a pas si longtemps. Un grand merci à tous les acteurs de cette évolution, sincèrement et du fond du cœur. Puis-je souhaiter que ce mouvement s'amplifie et continue pour le bien de tous en remerciement des énergies déployées et des sentiments que nous partageons tous et toutes.

Un dernier mot pour nos amis de province et d'ailleurs qui sont proches de nos préoccupations et de nos actions même si l'éloignement peut sembler élitiste ou isolant.

Sylvie benkemoun pour Allegro Fortissimo


Compte rendu de Gérard Apfeldorfer et de Jean philippe Zermati

Réunion AlleGROS, Paris, Samedi 6 avril 2002

Ce samedi là, le GROS était invité à plancher face à une bonne centaine de membres d’Allegro Fortissimo. C’est avec grand plaisir que vos serviteurs se sont donc rendus à l’invitation formulée par Sylvie Benkemoun, qui établit un pont entre nos deux associations.
Celles-ci ont en effet nombre de points communs:
— La vocation du Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids est de travailler le corps médical au corps, afin que cessent des prises en charges avec une visée focalisée sur le court terme, dont on sait à quel point elles sont inefficaces et nocives, que les personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire soient prises en charge dans leur globalité, et qu’on en revienne, au minimum, au principe hippocratique "primum non nocere".
— Celle d’Allegro Fortissimo est d’agir au niveau des obèses eux-mêmes, afin de leur permettre de retrouver leur fierté d’êtres humains, et d’agir au niveau de la société, pour que celle-ci cesse de prendre à l’égard de ses membres bien en chair des mesures discriminatoires.
Les deux association luttent toutes deux contre la frénésie de minceur ambiante —elle-même cause de surpoids et de troubles du comportement alimentaire—, la chasse aux gros qui s’ensuit, toutes les idées fausses sur le poids, sur ses conséquences, sur la nutrition et sur les méthodes amaigrissantes.

L’assaut de questions auquel nous fûmes soumis fut de bon niveau : nous parlâmes par exemple de l’image des obèses dans la société, des causes de la réprobation générale à leur encontre. Dans une civilisation fondée sur l’idée de maîtrise, en ce siècle où cette idée de maîtrise a atteint un niveau inouï, l’obèse est celui qui ne maîtrise rien, ni sa vie ni son comportement alimentaire, qui se laisse aller. Il est voué aux gémonies à la mesure de la peur qui s’empare de tout un chacun de succomber lui-même à la perte de maîtrise.
Beaucoup de questions portèrent évidemment sur les bonnes et mauvaises méthodes amaigrissantes. En l’absence de représentants de la psychodynamique freudienne, JPZ et moi pûmes nous laisser aller à notre péché mignon : parler de la restriction cognitive en long, en large et en travers. Les gros ne s’aiment pas, ils pensent que s’ils maigrissaient, ils s’aimeraient davantage, et plongent alors à corps perdu dans la restriction cognitive qui, comme chacun sait, rend encore plus gros. Parfois, aujourd’hui, comme même les minces font des régimes, il arrive que l’on ne soit pas même gros au départ, mais qu’on le devienne simplement par la pratique de régimes amaigrissants…
Mais alors, que faire, non pas pour devenir sylphide, mais pour être mieux dans son corps ? JPZ a sa petite idée là-dessus, bien sûr, qu’il pu développer : on peut " maigrir sans régime ". Mais oui!
On ne négligea pas pour autant les problèmes psy, puisque j’étais là pour y veiller. On peut devenir gros et/ou le rester pour toutes sortes de raisons de nature psychologique, que fréquemment, il est bon de prendre en considération. Maigrir n’est d’ailleurs pas la fin des problèmes, et d’autres se posent à ce moment là.
Qui faut-il donc consulter (sachant que les deux lascars présents sont hyper-surbookés) : un psy, un nutritionniste, une diététicienne, un kiné, un psychomotricien (un seul, car nous n’en avons qu’un), un chirurgien, le pape ? Allez savoir…
A propos de chirurgien, on parla bien entendu de gastroplastie et de shunt jejunal. Nous émîmes des avis somme toute modérés, bien qu’il n’y ait pas de chirurgien gastroplastieur dans la salle (mais il y avait, c’est vrai, quelques gastroplastiés). La gastroplastie n’est pas une panacée; elle a quelques indications précises et somme toute limitées; elle doit trouver sa place dans une prise en charge globale, avec un suivi sérieux avant et après opération.
Vers 18 heures, nous levâmes la séance; tout le monde avait l’air content, bien que nous n’ayons fait maigrir personne.

Nous comptons bien que, dans le futur, les deux associations collaborent à des projets communs, mettent en place des actions communes. Rappelons que, lors de notre congrès de novembre, une réunion est d’ores et déjà prévue avec Allegro Fortissimo dans le cadre même du congrès.

G. Apfeldorfer et JP Zermati


LES FORUMS DU GROS - ANNEE 2001
www.gros.org

Le GROS (Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids) est une association de spécialistes médicaux et para-médicaux confrontés aux problèmes de surpoids. A ce titre, l’association organise différents types de réunions pour sensibiliser les praticiens concernés (diététiciens-nutritionnistes- psychiatres-psychologues-kinésithérapeutes etc) à l’aspect multifactoriel de cette « affection ». Face à l’échec à long terme des tentatives d’amaigrissement, les spécialistes s’interrogent conscients de la nécessité d’une prise en charge globale . Chacun, dans son univers, se rend compte que l’on ne peut pas dissocier les différents aspects de la prise en charge :

- diététique
- psychologique
- sportive

Les réunions permettent de se sensibiliser aux autres disciplines, de comprendre les différents mécanismes impliqués en discutant de sa pratique, de ses réussites mais aussi de ses échecs.

La parole n’est plus strictement diététique. Nous savons et ils le confirment, le « régime » nous a fait grossir (le plus souvent). Des questions se posent débattues lors des forums du samedi matin. Ces réunions sont « ouvertes » aux membres du GROS, gratuites et riches de confrontations inter-disciplinaires. Ce sont des discussions libres autour d ’un thème.

- Comment devient-on gros ? samedi 3 février
- Régime et restriction cognitive. samedi 7 avril
- La relation avec la personne en difficulté avec son poids et son comportement alimentaire. Samedi 12 mai
- Quel thérapeute pour quel patient ? samedi 9 juin

Des questions importantes ont été posées ouvrant un débat où Allegro Fortissimo a été représentée et entendue. Saluons au passage cette grande ouverture d’une association qui nous donne enfin une place et la parole. Nous apprécions donc le souci réel de ces praticiens de nous associer à leur réflexion comme des personnes adultes et responsables. Nos témoignages interrogent en replaçant les discours médicaux dans notre réalité sociale. Il est difficile de faire un compte-rendu de réunions dont le but est de poser un ou des problèmes mais certains points émergent à l’issue de chaque rencontre.

FORUM n° 1

Comment devient-on gros ?

Cette question provocatrice peut faire sourire mais elle débouche sur un certain nombre de concepts qui montrent que le poids souhaitable pour chacun n’a rien à voir avec les standards imposés par la mode et les médias. Doit-on faire maigrir tous les gros ? Existe-t-il un poids standard ?

La définition du PONDEROSTAT ou SET POINT permet de comprendre la validité de certains poids « hors normes » et d’apprécier la spécificité pondérale de chacun. Il y aurait une régulation du poids situé dans le cerveau (hypothalamus). Cette centrale doit intégrer et traduire les informations en signaux modulant la prise alimentaire et la dépense énergétique Cette régulation concerne davantage la masse grasse que le poids. Ce point se déplace au cours de la vie et ce n’est pas forcément un poids « standard » (le set point peut être obèse). La régulation alimentaire se fixe sur un poids à défendre, poids préétabli par la génétique, poids devenu élevé après une succession de courbes ascendantes.. A l’occasion d’événements déstabilisants il est sans doute possible de voir se déplacer le pondérostat à un niveau plus élevé. Le set point est un poids prédéterminé que nous défendons par des mécanismes de régulation interne. Ce poids est VARIABLE pour un individu donné. La réponse au surpoids n’est donc pas forcément l’amaigrissement. Différents paramètres sont à étudier pour établir l’histoire pondérale de chacun, quand un changement est demandé par le patient. La solution proposée ne peut être qu’individuelle.

Nous ne pouvons donc pas peser le poids que nous voulons.

Si nous essayons de nous maintenir à un poids inférieur à ce set point ,nous risquons d’être affamés ou de développer un trouble du comportement alimentaire.

En reprenant la formule de Pierre Aimez :

« la génétique prédispose, l’environnement propose, le psychologique dispose. »

 

FORUM n° 2

Régime et restriction cognitive

Y-a-t-il encore place à la prescription diététique sous forme de régime dans le cadre d’une prise en charge de personnes en surcharge pondérale ? Force est de constater que le régime fait grossir. La restriction alimentaire proposée depuis un certain nombre d’années déjà n ’a pas réussi à supprimer l’obésité. Au contraire nous sommes de plus en plus gros et de plus en plus nombreux à être gros, malgré les cris d’alerte et le catastrophisme ambiant. Pourtant 70% de la population française est en restriction cognitive, c’est à dire « se surveille ». Que se passe-t-il ? Les solutions restrictives proposées nous éloignent complètement de notre régulation interne. Nous sommes envahis de messages diététiques et de règles extérieures à nous. Ces règles dépassent complètement le domaine médical. Nous sommes « bombardés » d’informations diététiques, de conseils de restriction, d’ aliments allégés et de sommations à maigrir. Nous vivons dans une véritable cacophonie alimentaire qui nous fait perdre nos repères les plus simples de faim et de satiété Souvent nous ne savons même plus ce que manger « normalement » veut dire. Parallèlement, nous vivons dans une société d’abondance où nous sommes constamment sollicités à consommer des produits alimentaires. Nous nous comportons alors comme des rats de cafétéria qui mangent de façon incontrôlée sans tenir compte de leurs vrais besoins.

La tendance thérapeutique actuelle est à la rééducation de nos sensations primitives sachant que l’orientation de ces prises en charge pourra être différente dans le futur. On sent, chez ces praticiens, une véritable prudence face aux échecs passés et une remise en question constante de leur pratique.

Or le patient vient chercher la LOI, des règles plus ou moins strictes à appliquer avec une attente de résultats, un nième régime qui le fera enfin maigrir durablement. Dans cette surabondance d’informations les repères se diluent et manger perd de ses sens. Il va falloir retrouver petit à petit ses signaux internes en les adaptant grâce à un accompagnement thérapeutique centré sur la faim, la satiété et le goût. Certains « régimes » détaillés créent un schéma alimentaire auquel nous nous conformons au mépris de notre faim qui peut être fluctuante, de nos goûts variables et du plaisir de manger nécessaire à notre équilibre psychique.

 

FORUM n° 3

Relation patient-thérapeute

La relation patient- thérapeute en matière d’amaigrissement est tout à fait singulière. Le patient vient pour « être maigri ». Il demande une prise en charge de son problème, de son symptôme. Or cette demande est ambiguë car le patient ne peut pas être passif dans cette prise en charge. La difficulté c’est de ne pas répondre immédiatement et systématiquement à la demande d’amaigrissement. La relation s’inscrit dans un accompagnement et non dans une prise en charge. Le nutritionniste n’est pas un technicien de l’amaigrissement mais un médecin de la souffrance. Nous pouvons comparer son rôle à celui d’un rhumatologue qui soulage une crise d’arthrose mais ne la guérit pas. Un gros qui a maigri reste un ancien gros et non un individu mince.

Le problème posé c’est : comment dépasser la demande d’amaigrissement du patient pour proposer un accompagnement qui peut trouver diverses solutions ?

A Allegro nous sommes confrontés à des difficultés semblables tant les questions sont strictement centrées sur l’amaigrissement sans discussion de modération possible. Il y aurait pour le plus grand nombre une obligation de résultats qui semble utopique dans l’état actuel des connaissances médicales. Certaines solutions existent mais il s’agit le plus souvent de troquer un handicap contre un autre.

Être médecin c’est travailler sur la qualité de vie des personnes. Cela ne veut pas dire éradiquer tous les symptômes considérés comme des épidémies.

Dans ce forum l’accent a été mis sur les caractéristiques de la relation patient-thérapeute dans cette demande si impérative engendrant des rapports particuliers. Or c’est dans l’établissement de cette relation qu’un projet peut être envisagé et poursuivi.

 

FORUM N° 4

Quels thérapeutes pour quels patients ?

Un certain nombre de praticiens exerçant des spécialités différentes prennent en charge les demandes d’amaigrissement. (nutritionnistes, diététiciennes, psychologues, psychiatres, kinésithérapeutes). A qui faut-il s’adresser ? Qui choisit ? Le patient ou un praticien référent qui accompagne un parcours thérapeutique. Le plus souvent, le patient consulte directement un nutritionniste ou une diététicienne car la réponse à l’amaigrissement semble univoque. Il faut manger moins et mieux c’est la « doctrine » ambiante du moment. Chacun de ces spécialistes est confronté à une demande impérative pour laquelle une solution diététique est attendue. Or, il est impératif, faute d’échec de toute tentative à long ou à moyen terme, d’établir l’histoire du poids en clarifiant la demande et les possibilités du patient. Retrouver l’histoire pondérale du sujet et comprendre ses vraies motivations demande un certain parcours préalable qu’il est parfois difficile de faire accepter. Maigrir ce n’est pas une technique à appliquer et à choisir dans un catalogue. Cela nécessite un bilan. Le praticien convoqué écoute et propose un suivi alimentaire mais aussi un accompagnement psychologique en même temps ou en préalable. Ainsi le traitement peut être une succession ou une addition d’abords différents. Parmi les phrases chocs, écoutées lors de ce forum, « un bon nutritionniste ne doit pas faire de nutrition ». Toute thérapie réussie est le résultat d’une rencontre avec un thérapeute.

Le patient reste libre de son choix.

Le praticien propose mais le patient peut disposer de son droit à vivre dans le corps qu’il a même si son espérance de vie se trouve écourtée. Chacun a son rythme psychobiologique. Certains vivent plus dans un laps de temps plus court (Rimbaud par exemple). Toute modélisation est arbitraire et dangereuse.

 

CONCLUSION

A la suite de ces réunions nous voyons combien il est difficile d’établir une parole de modération face aux idées reçues et à la discrimination dont nous sommes les victimes. Un travail d’information est nécessaire auprès des gros eux-mêmes mais aussi auprès du public si prompt à nous juger. Vu les questions récurrentes sur la Mlaf et dans le courrier reçu, je propose une réflexion commune sur la stratégie à adopter dans nos rubriques pour être entendus et compris.

Comment envisager la rubrique médicale d’Allegro, sous quelle forme ?

Le GROS est favorable à une réflexion commune sur un sujet à établir. Nous pensons par ailleurs qu’il serait intéressant pour nous tous d’inviter un représentant du GROS pour une réunion avec nos adhérents.

Allegro Fortissimo serait un « no man’s land du poids » où l’on peut oublier son poids pour le retrouver autrement, plus sereinement et surtout plus objectivement. C’est un endroit où l’on respecte le choix de chacun même si on se permet une certaine prudence et une mise en garde contre les débordements toujours possibles. Que deviendrait la demande d’amaigrissement en dehors de la folle pression ambiante ?

L’excès de poids induit des fragilités ou des maladies mais établir une norme applicable à tous c’est jouer les apprentis sorciers et continuer à nous faire grossir de façon réactionnelle.

« Au départ on pense qu’on va maigrir pour pouvoir enfin vivre, à l’arrivée on ne vit plus que pour maigrir ».

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