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Contre la stigmatisation des gros-ses, Résistance ! Le 29/02/2012 est diffusé sur M6 un reportage intitulé « Zita, dans la peau d’une femme obèse ». L’idée ? Une femme se gavant pour montrer aux téléspectateurs ce que peuvent engloutir les dites personnes et les méfaits d’un tel régime alimentaire. Loin d’être le seul programme empli de préjugés à l’encontre des femmes et hommes en surpoids, il constitue l’attaque « grossophobe » de trop ! Maîtrise corporelle. Alors que nous vivons une période riche en débats économiques, politiques, de sociétés, il est un sujet qui fait généralement consensus : la bonne gestion de son poids et, plus globalement, de ses habitudes alimentaires. Aussi, si le message « manger mieux, bouger plus » ne semble pas suffire, une pléthore de scientifiques, nutritionnistes et « experts » plus ou moins douteux, se relaient sur les plateaux télés et magazines afin de propager la bonne parole. Perdre du poids avant l’été, ne pas trop en reprendre pendant les fêtes de fin d’année, l’arsenal médiatique reste en permanence mobilisé pour nous éviter de nous détourner du droit chemin et, à l’inverse, de prendre celui des frites et glaces au chocolat, sous peine de ressembler à ces gros qui passent leur temps à se plaindre … Vous savez, ceux qu’on peut voir dans les reportages et qui attirent toujours la pitié du téléspectateur. Le gros, gros avant d’être homme, devient alors le symbole de la surconsommation, de l’excès quand nous subissons de plein fouet un contexte de rigueur, même alimentaire. Pourtant, si jadis les rondeurs étaient l’apanage des classes aisées, peu de personnes savent que la situation s’est inversée et que ce sont, selon les plus récentes études sociologiques, les personnes en voie de précarisation qui sont les plus touchées par le surpoids. En effet, il faut savoir que les produits les plus chargés de graisses saturées sont généralement les plus bons marchés, au contraire, ceux les plus intéressants sur le plan nutritionnel sont moins à portée des petites bourses. Ainsi, on ne peut donc plus traiter la question de l’obésité sans évoquer les déterminismes sociaux. « Pédagogie » voici le maître mot pour expliquer en quoi toutes les idées reçues sur les personnes en surpoids sont à combattre. Troubles du comportement alimentaire, génétique, hérédité, classes sociales … Il existe de nombreuses causes pour expliquer la prise de poids et il est à regretter que les diététiciens les plus médiatisés (Dukan en tête) ne se limitent qu’a parler de nourriture trop grasse et de sédentarisation trop forte, donnant ainsi une image de glouton paresseux aux personnes ayant ou pensant avoir un surplus de poids. Plus généralement, il se trouve que les discours de ces personnes qui se sont donnés pour mission de combattre l’obésité sont ceux qui, en réalité, utilisent le plus ce schéma réducteur. Aussi, elles contribuent à donner du poids à la discrimination : là où est mis l’accent sur la seule responsabilité individuelle, on pointe du doigt le gros qui mange trop, ne fait pas assez de sport et n’a pas la volonté de suivre un régime, ses rondeurs pouvant en témoigner. Pourtant, ce n’est pas tant l’individu en lui-même qu’il faut blâmer (sauf si on veut faire profiter une industrie de la minceur pesant près d’un milliard d’euros de chiffre d’affaire) mais toute une société qui ne se donne pas les moyens de réduire les biais sociaux, qui pense encore que l’oppression et la moquerie pourront faire baisser les chiffres du surpoids et de l’obésité. Néanmoins, si les causes de la stigmatisation interpellent, ses conséquences indignent ! En fait, il convient de distinguer les conséquences directes, de celles indirectes. Les premières sont celles qui viennent le plus rapidement à l’esprit, il s’agit de la discrimination claire des personnes grosses, au travail, à l’école, à l’université, dans la mode : bref, dans pratiquement tous les secteurs. Les deuxièmes touchent toute notre société, elles proviennent de la représentation qu’on se fait des personnes grosses mais aussi de notre propre vision corporelle. Aussi, la France est en tête du palmarès européen puisque nous sommes les plus minces du continent et pourtant les plus insatisfaits de notre poids. Plus concrètement, combien de jeunes femmes ont-elles déjà fait un régime alors qu’elles n’avaient aucun kilo en trop ? Autant le dire, un nombre considérable. Néanmoins, il y a une dernière conséquence qui est sans doute la plus nuisible, c’est l’assimilation des dits préjugés par rapport à sa propre vision corporelle. « Oui, c’est de ma faute, je suis gros parce que je mange trop et parce que je n’ai pas su me gérer » : outre la prégnance de ce principe de responsabilité individuelle qui fait davantage souffrir les personnes en proie à ce genre de pensées, imaginons un individu avec un poids dans les normes médicales se dire cela … Ce sera le début pour ladite personne d’une spirale infernale de régimes, de restrictions et d’un malaise entre elle et sa propre perception corporelle. Au final, oui on peut l’affirmer, la discrimination des personnes obèses est en réalité la manifestation concrète d’une uniformisation des corps et des esprits ! Et la bande annonce de ce reportage va clairement dans le sens d’une société plus discriminante à l'encontre des personnes grosses, d'une banalisation de cette discrimination, d’une division entre les uns et les autres … En somme, d’un mal-être qui nous touche toutes et tous, directement ou indirectement. Par exemple, que penser d’un propos tel que « manger comme une obèse » ? Attaque gratuite et sans fondement, il faut savoir que dans la grande majorité des cas la ration calorique de ces personnes est classique, c'est leur métabolisme qui dysfonctionne. Donc stop les stéréotypes ! L’humanité se caractérise par sa diversité, par la richesse qu’apporte chaque individu. Partant de ce constat, on ne peut pas classifier les personnes et jeter par la fenêtre les récits de vie des uns et des autres ! Association historique de lutte contre les discriminations visant les personnes obèses, Allegro Fortissimo condamne donc fermement tous les préjugés véhiculés par ce genre de reportage. Aussi, nous annonçons porter plainte contre M6 pour discrimination concernant l’apparence physique et l’état de santé. Néanmoins, pour mieux prévenir les erreurs de journalistes et de toutes autres personnes qui souhaiteront traiter la question, nous demandons : -La reconnaissance des termes « Grossophobie » et « Grossophobe » par l’académie française et l’inscription dans la loi d’une sanction pour la publication de propos injurieux, diffamatoire ou caractérisant une provocation à la discrimination ou à la violence envers des personnes gros-ses. Nous ne saurions plus accepter des discriminations non reconnues, et de ce fait, banalisées au sein de notre société ! Pour l’égalité de tous, le respect de chaque personne, peu importe le poids qu’elle affiche sur la balance, nous invitons chaque citoyen à prendre acte de notre tribune et à militer contre ce culte de la prison corporelle qui, nous le répétons, insidieusement, standardise nos corps et nos esprits.
Claudia BROTONS SANNKA-TELEPHE Hedi CONDROYER
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