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La promenade
Le temps, serein, inspirait à chacun ou presque l’envie de se balader, de profiter d’une lumière naturelle et douce, d’un soleil présent sans être trop intense. Comme les autres, Elle avait entamé sa promenade. Pourtant, la sienne était résignée, sans horizon apparent. Elle ne sortait presque plus. Uniquement pour l’indispensable. Pas pour rencontrer les autres. Surtout pas…L’objectif était plutôt de les éviter. Pour ne plus avoir à affronter l’angoisse des regards, des jugements, la blessure des mots parfois. Son rempart était devenu son piège. Malgré ses kilos, face à ces magistrats de la norme, ces équilibristes de la nutrition, Elle ne faisait pas le poids. Submergée par la culpabilité, Elle ne voulait plus, ne parvenait plus à supporter les attitudes que certains lui destinaient, ni à entendre ces discours condescendants, empreints de conseils, quand ils n’étaient pas moqueurs et méprisants. S’affirmer lui était devenu trop éprouvant. Le monde lui pesait. Elle avait finalement retrouvé une liberté devant son ordinateur. « Tchatcher » était devenu sa principale fenêtre vers l’extérieur, le moyen privilégié (presque le seul d’ailleurs) de pouvoir échanger ou recevoir, de dire et de se dire. Pas si simple cependant de découvrir une tranche de son mystère à ces inconnus virtuels, d’abord ennemis potentiels. Délicat quelquefois de dévoiler une part de soi en s’efforçant de préserver son anonymat. Quelques jours auparavant, alors qu’Elle avait évoqué sa solitude, son isolement, sa souffrance aussi, un interlocuteur lui avait gentiment indiqué la direction d’un site. Aujourd’hui, Elle avait, malgré ses hésitations, entamé la visite du lieu. De plus en plus intriguée et intéressée, Elle cheminait sur les chemins du pays d’Allegro. Elle avançait doucement, croisant des réponses inattendues (ou peut-être trop attendues), se passionnant pour la multitude de parcours, de réponses, de stratégies permettant de vivre mieux, s’étonnant des similitudes avec sa propre vie dans quelques cas. Au fond d’Elle, tout en continuant sa lecture, une petite musique renaissait. Comme une note trop longtemps endormie : un soupir dont pouvait enfin renaître une ronde. Elle bondissait de rubrique en rubrique, relisant certaines fois des posts qui la touchaient de plus près. Alors, Elle s’autorisa à se poser, prendre place, participer aux débats. Bien qu’encore Chargée de ses doutes et de ses peurs, Elle songeait déjà à s’inscrire à quelques activités. Sans savoir si Elle irait, si Elle oserait malgré l’envie. Mais un pas était franchi. La vie lui paraissait déjà plus légère : Elle n’était plus seule ! Allegro Fortissimo le 10 septembre 2006 |