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GROUPE DE TRAVAIL SUR L’IMAGE DU
CORPS
Après l’élaboration de la charte,
le temps des propositions
Un
certain temps vient de se passer depuis la signature officielle de la
charte qui nous laisse une impression de duperie et qui pose la question
de notre place au sein du groupe et surtout de l’intérêt réel d’un tel
travail qui avait pourtant commencé avec des objectifs qui nous
semblaient utiles et pertinents.
Nous vous
rappelons qu’à l’origine il était question de ne pas suivre l’exemple
espagnol en légiférant sur l’IMC des mannequins mais de réfléchir
globalement à la situation actuelle concernant l’apparence, la
valorisation de la maigreur et l’intolérance au moindre kilo dépassant
les normes proposées. Ces normes, déterminées à l’origine par les
compagnies d’assurance, sont utilisées en médecine pour déterminer des
facteurs de risque liés au surpoids et à l’obésité.
Allegro,
dans le groupe, est la seule voix représentant les plus gros d’entre
nous. La majorité des autres membres appartenant au monde de la mode,
nous avons compris que les débats évoquaient davantage les problèmes
liés à la valorisation de la maigreur, mais nous aurions souhaité que,
lors des comptes-rendus, nos participations soient prises en compte, ce
qui n’a pas été fait. Nous l’avons d’ailleurs signalé.
Nous nous
sommes dits alors que le travail allait se poursuivre et qu’il prendrait
en compte tous les diktats de l’apparence. C’est dans cet esprit que
nous avons accepté de signer cette charte qui représente pour nous une
première étape symbolique et volontariste de sensibilisation à un sujet
de société qui condamne de nombreuses femmes à une souffrance de chaque
jour.
Mais
quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre, le jour de la signature
officielle, que cette charte s’intitule à présent « charte d’engagement
volontaire pour l’image du corps ET CONTRE L’ANOREXIE ».
Pourquoi
cet ajout qui limitait soudain le sujet proposé initialement ? Parce que
le jour même, Madame Valérie BOYER, députée UMP, présentait le projet
d’amendement pénalisant les incitations à l’anorexie. La charte du
groupe de travail devenait donc, pour des raisons politiques, la
justification de ce projet.
Etonnée
et mécontente, je m’en suis ouverte aux représentants du groupe qui
m’ont répondu alors que l’on parlait trop d’obésité et pas assez
d’anorexie (plus grave car on pouvait en mourir) et que, lors des
échanges avec la presse, on avait AUSSI parlé de boulimie. Mais
l’obésité ne rend pas idiote, et ces arguments ont alimenté une certaine
colère et de nombreux doutes sur les intentions réelles de ce groupe de
travail et les limites imposées.
Nous
sommes pourtant sensibles au développement des sites pro-ana et aux
conséquences mortelles de ces pratiques, mais en reprenant l’analyse
qu’en fait le docteur Apfeldorfer, c’est la caricature d’une logique
actuelle dont il faudrait débattre, la loi ne réglant pas tout :
« Le
centrage sur l’anorexie mentale a conduit à une recherche de boucs
émissaires : il peut s'agir des groupes pro-ana, qui propageraient une
maladie, l'anorexie mentale, ou des médias qui, en présentant des corps
trop minces, feraient la même chose.
Que disent les sites pro-ana ?
-
1. Que beauté et minceur sont équivalentes et que plus on est
mince, plus on est belle ou beau ;
-
2. Qu’être mince est le signe d’une volonté véritable et de succès,
traduisant la maîtrise qu'on a de sa vie et la valeur de chacun ;
-
3.
Que chacun est responsable du poids qu'il fait ;
-
4.
Qu’on n’est pas attirant(e) si on n’est pas mince ;
-
5.
Que la culpabilité de manger est une bonne chose, car elle pousse à
se contrôler ;
-
6.
Qu’il convient de compter ses calories et de se peser sans arrêt.
Les
groupes pro-ana ne font que dire c que tout le monde dit, mais un peu
trop fort et sur un mode un peu trop caricatural ! ». G. Apfeldorfer
J’ajouterai que l’on ne peut pas réduire l’anorexie à l’envie de
ressembler à des modèles. Toute simplification de ce type entretient une
confusion et une méconnaissance de cette maladie.
Je
citerai également le docteur Xavier Pommereau, psychiatre et spécialiste
de l'anorexie, interrogé par le Figaro :
« Aucune des jeunes filles anorexiques que j’ai rencontrées n’a été
entraînée par des sites pro-ana ou des défilés de mode. L’anorexie
mentale n’est pas un simple phénomène d’imitation. C’est une maladie et
on ne prévient pas une maladie par une loi ».
Il nous
est demandé à présent de faire des propositions pour valoriser la
diversité et sortir de cette intolérance. Que proposons-nous ?
Lutter
contre l’idée que seule l’accession à la minceur est la clef du bonheur
et de la réussite : nous sommes abreuvés, à
longueur de publicité, de ces images d’Eden destinées aux personnes
minces ou qui réussissent à le devenir. Ne pourrait-on pas proposer de
mettre en scène d’autres valeurs plus diversifiées pour rompre avec
cette obsession généralisée ?
Lutter
contre les préjugés liés au surpoids et à la grosseur :
ces idées reçues inconscientes (manque de volonté,
paresse, etc.) nous disqualifient et alimentent des stéréotypes qui se
retrouvent largement partagées par les médias, les médecins et
les personnes concernées elles-mêmes. Ces préjugés entretiennent le
rejet et certaines de nos difficultés de vie (emploi, assurances, etc.).
Distinguer les poids hors normes constitutionnels et les poids hors
normes « maladie » : ils ne coïncident pas
forcément avec les mesures de l’IMC. Au cours de la première phase de
réflexion du groupe de travail, nous avons entendu Madame Inès de la
Fressange exprimer la réalité de sa maigreur constitutionnelle, lui
donnant une valeur d’IMC qui aurait pu la classer dans le groupe des
« malades de la maigreur », comme certains IMC élevés pourraient faire
basculer chacun dans le groupe des « malades de la grosseur ». C’est
d’ailleurs ce qui se passe actuellement et c’est pour cette raison que
nous avions envie d’intervenir au nom de toutes ces personnes qui se
retrouvent dans un parcours de perte de poids à cause d’une intolérance
justifiée par un devoir de santé.
Favoriser la diversité : les modèles proposés
sont irréalistes pour un grand nombre de personnes qui se mettent au
régime et qui ont, face à leur alimentation, des comportements inadaptés
même avec un IMC « acceptable » (boulimie et troubles du comportement
alimentaire). Quand on examine le succès de la publicité Dove et celle,
il y a plusieurs années de Bodyshop avec la poupée mannequin aux normes
réelles de la population, on se rend compte que les personnes ont besoin
de se projeter dans des modèles réalistes. A l’école, en cours
d’instruction civique par exemple, il serait nécessaire d’aborder ces
questions de façon transversale en dénonçant tous les types de
discrimination, celle liée à l’apparence s’installant de plus en plus
tôt dans ce public.
Reconsidérer les effets des communications concernant le poids,
l’apparence, l’alimentation et la santé.
: il faudrait s’interroger sur les effets des
communications concernant le poids, l’apparence, l’alimentation et la
santé. Toute la population n’est pas en risque d’obésité mais risque de
le devenir en transformant son alimentation en parcours du combattant ou
bien en la médicalisant par peur de grossir.
Manger
est considéré comme un véritable danger pour tous alors que seule une
partie de la population présente des risques en rapport avec des
facteurs génétiques, l’environnement pléthorique qui est le nôtre et une
façon de s’alimenter.
Dans ce
cadre il faudrait revoir et pouvoir discuter des messages du PNNS qui
transforment une question complexe en messages simplificateurs et qui
expriment de façon implicite que si on mange ce qu’il faut et que l’on
bouge suffisamment, on doit avoir un poids « normal ». Toute personne
dépassant les normes de poids est alors considérée comme déviante et
mauvaise citoyenne (car elle coûte cher à la Sécurité Sociale).
Ces
messages renforcent les préjugés attachés aux gros et à leurs
« dérives » et maintiennent dans la peur le mangeur inquiet.
Nous
espérons que ce groupe de travail pourra retrouver l’ouverture proposée
à son origine et que notre participation s’inscrira dans une
concertation à laquelle nous sommes profondément attachés.
Sylvie Benkemoun pour Allegro
Fortissimo |