COMPTE RENDU DE LA JOURNÉE D’AUTOMNE DU GROS du 13/12/2003

Le projet d’une telle rencontre est né d’une querelle théorique opposant, tout en rassemblant les partisans des thérapies analytiques et ceux des thérapies cognitivo comportementales. Mais au-delà de cette discussion prévue, le but de cette journée était la confrontation des prises en charge, une réflexion commune et la présentation de cas cliniques permettant à la fois de se situer sur le terrain en montrant de façon vivante comment les prises en charge des gros pouvaient être plurielles dans une harmonie d’orientations thérapeutiques.

J’ai particulièrement apprécié l’exposé très complet de Monsieur Pierre Delarun, psychomotricien qui nous a montré combien nous étions loin de notre corps. Souvent nous ne sommes que des têtes ou des bouts de corps sans lien entre eux. Son travail consiste à nous relier avec nos contours et nos émotions en faisant renaître en nous parfois, une libido endormie ou des plaisirs que nous nous interdisons depuis longtemps parfois. Il y a déjà longtemps que j’entends évoquer ces thérapies corporelles mais j’ai toujours du mal à en parler car cette approche n’est pas fréquente (de cette façon) et il est difficile de faire miroiter un chemin possible en ne sachant pas donner des adresses si ce n’est la sienne. Mais il est tout à fait d’accord pour venir nous voir en nous sensibilisant à ses exercices et à ce que nous pouvons faire pour réapprendre nos sensations. Je dois le recontacter mais à mon avis il trouverait tout à fait sa place lors de la rencontre médicale du mois de juin qui évoquera justement les différentes prises en charge de l’obésité. Il a parlé des corps absents, inhabités, contrôlés par l’intellect et des techniques qu’il emploie pour les réveiller et les faire vivre.

Il fut question également de ces thérapies émotionnelles qui utilisent le toucher pour faire jaillir les émotions. Le toucher pour nous est à utiliser avec prudence par des thérapeutes formés car les émotions enfouies peuvent surgir avec une violence qu’il faut pouvoir contenir et accompagner.

Ce type de thérapie est souvent un des éléments d’une cothérapie c’est à dire une thérapie faite par plusieurs thérapeutes prenant en charge divers aspects de nos blocages et travaillant en synergie. Il peut s’agir de deux ou plusieurs thérapeutes. L’aspect corporel, peu évoqué généralement est sans doute une demande que nous pourrions avoir en ce qui concerne nos prises en charge spécifiques.

Que sont, d’après les médecins du GROS, les cas difficiles ? Attention à la réponse qui peut vous choquer : « ceux qui viennent maigrir »……… Comme d’habitude ils ont joué avec les mots qui prennent sens « Je viens-maigrir…ou m’aigrir »

« Monsieur ou Madame j’ai tout fait….j’étouffais »

(J’ai tout fait de la même façon que j’ai « fait » le Sénégal en y rapportant même des photos). Ils ont parlé de Monsieur et Madame IMC et de tous ces comportements stéréotypés vus dans leurs cabinets.

Ils ont évoqué les différentes causes de l’obésité et leurs composantes génétiques, environnementales, émotionnelles, sociologiques, l’obésité comme régulation de l’humeur et tout ce réseau complexe si difficile à ne réduire qu’à un poids sur la balance. Comme toujours beaucoup de prudence dans les propos et une certaine modestie sur les solutions proposées.

Le travail thérapeutique est un travail d’alliance qui peut nous permettre d’emprunter des chemins de traverse en faisant « l’école buissonnière » afin de bousculer l’équilibre en place pour en établir un autre, plus adapté ou plus régulé comme dirait notre cher Jean Philippe Zermati.

En début d’après-midi nous avons écouté le compte rendu d’une prise en charge globale faite en Suisse depuis 3 ans environ et qui inclut à la fois médecin, nutritionniste, psychanalyste, thérapie cognitivo comportementale, thérapie familiale mais également prof d’aquagym, prof de danse orientale, cuisinier, conseils d’esthétiques variés et groupes de paroles. Les résultats ont été donnés sur du moyen terme. Que restera-t-il sur du long terme. Cela semble difficile et onéreux à mettre en place mais on se rend compte que la prise en charge doit largement dépasser une consultation de nutrition.

Cet exposé intéressant fut suivi d’une présentation de Gérard Apfeldorfer qui fut, comme d’habitude, subversif et sans concessions. Il nous a parlé de ce devoir de bonheur qui font de nous des « boulimiques » de la jouissance. Nous devons construire notre vie comme une œuvre d’art et la grande peur du moment c’est de ne pas jouir suffisamment. Nous avons la nécessité de consommer, de nous réaliser et nous utilisons les autres pour arriver à la jouissance . L’autre devient donc une valeur d’usage. S’il ne satisfait plus à cela on l’élimine (on change de compagnon, on élimine les vieux hors d’usage en les délaissant). Dans cette dynamique, le médecin devient un prestataire de service à qui on demande de réparer des injustices. La maladie prive de la jouissance et du bonheur, il faut absolument en venir à bout, par n’importe quel moyen. Etre gros devient intolérable puisque cela ne permet pas de jouir pleinement de la vie. Il faut donc maigrir. Le patient vient « acheter » de la minceur

Que répondre à cela quand on est un médecin honnête ?

Nous n’avons pas cela en magasin

Et si l’on est un médecin malhonnête ?

- soit on dit que l’obésité est une faute sociale due à la gloutonnerie lipidique et à la sédentarité et il faut absolument maigrir
- soit, nous avons ce qu’il vous faut en magasin et on va vous en vendre,ce qui reflète le charlatanisme ambiant de tous ces produits sur le marché
- soit, nous n’avons pas de minceur à vendre mais des soins corporels permettant une réconciliation avec votre corps, un travail sur les habitudes alimentaires, une psychothérapie (chacun exposant le champ de sa pratique et ce qu’il est possible d’en attendre)
- et si le patient n’y croit plus, on peut (le médecin) lui raconter une histoire pour lui permettre d’y croire encore en le gardant le plus longtemps possible. Que pensez de cette analyse ? Elle rejoint ce que nous défendons à Allegro. Maigrir ne peut pas être un but en soi alors qu’il n’y a pas de méthode infaillible et sans risques. On peut vivre au présent, essayer d’aller le mieux possible en ne basant pas sa quête de bien-être sur un chiffre lu sur une balance.

La journée s’est terminée par une confrontation entre Bernard Waysfeld qui défendait les thérapies analytiques tandis que Jean Philippe Zermati défendait les thérapies cognitivo comportementales

Vraies querelles ou faux conflits disait le titre de cet échange. Il n’y eut ni querelle, ni conflit mais une débat contradictoire passionné et respectueux nous démontrant combien ces deux approches sont complémentaires même si elles semblent s’opposer parfois de façon théorique.

Mais l’important c’est le praticien qui utilise ces outils et la relation singulière qui se noue entre le thérapeute et le patient.

Puissions nous tous avoir la chance de rencontrer en chemin des praticiens de cette qualité…

Sylvie Benkemoun pour Allegro fortissimo

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