|
| ||||||
|
|
Demande de droit de réponse à Télérama
Paris, 31 janvier 2007
TELERAMA A l’attention du Rédacteur en Chef Demande
de droit de réponse concernant l’article d’Emmanuelle Dasque en page 12 de votre
numéro 2974 du 10 janvier 2007 Allegro Fortissimo est une association créée en 1989, qui défend et aide les personnes de forte corpulence et les réconcilie avec leur corps et leur image, vis-à-vis d'elles-mêmes, de leur entourage et de la société. Nous avons été très surpris par le ton de l’article en référence. Il pose en effet la question du professionnalisme de la journaliste qui n’a fait que se conformer au consensus à la mode qui veut qu’il soit politiquement correct de maltraiter les personnes obèses dans les média. Si elle s’était donné la peine de faire une recherche documentaire sur internet, sans parler de rencontrer un spécialiste de la question comme un sociologue, elle aurait pu découvrir tout le sens que prend la démarche américaine consistant à étudier les aspects sociologiques de l’obésité, et faire ainsi un article honnête sur le plan intellectuel. La recherche scientifique, qui progresse considérablement depuis quelques années, démontre que les causes de l’obésité sont multifactorielles, et que vouloir limiter la prise de poids à un simple décalage du rapport absorption de calories sur dépenses énergétiques correspond à une vision archaïque et néfaste du problème, d’autant que les Français grossissent de plus en plus alors n’y a jamais tant eu de régimes et de produits amaigrissants sur le marché et que 80% de la population française fait un régime, consciemment ou inconsciemment. En effet, non seulement le régime restrictif à visée amaigrissante n’est pas la solution, mais il est la cause, lorsqu’il est répété, de l’effet “yo-yo” si dangereux pour la santé et qui fait reprendre plus de poids que le poids perdu et a rendu obèses des personnes qui n’avaient au départ que 3 ou 4 kilos de trop. Contrairement à ce que la journaliste pense, les personnes obèses n’ont pas choisi cet état et ne sont pas heureuses de l’être. Simplement, comme on sait aujourd’hui que l’engrenage des régimes répétitifs conduit à un dysfonctionnement du métabolisme et à une impossibilité de maigrir, elles n’ont pas d’autre choix que de s’accepter, et de vivre bon gré mal gré avec leurs “bourrelets” (sic). Les conséquences sociales et politiques de l’obésité sont un rejet par la société des personnes obèses, qui ne sont vues que comme des futures maigres, alors qu’elles ne peuvent pas maigrir malgré leur désir. Ce rejet entraîne de la discrimination à l’embauche (à compétences égales, une personne obèse est plus discriminée qu’une personne à la peau noire, selon les testings du professeur Jean-François Amadieu), une stigmatisation par les proches, des difficultés d’accès aux soins, aux transports en commun, au crédit, etc. Il est notoire que le rejet d’une catégorie de population la “communautarise” contre son gré, comme c’est le cas pour les personnes obèses, que l’on force à considérer leurs “rondeurs excessives” (re-sic) comme un “élément de leur identité” (re-re-sic) puisqu’à la différence des personnes à la peau noire ou aux choix sexuels différents, par exemple, et pour qui la journaliste estime normal qu’on en fasse un sujet d’étude, l’accès à beaucoup de choses leur est refusé, les contraignant à s’habiller, à se soigner, à se déplacer de manière spéciale et non comme tout le monde. Enfin, les personnes obèses ne se reconnaissent absolument pas dans la démarche de l’auteur du film Super Size Me, dont le but était de démontrer que les restaurants MacDonalds “engraissaient” littéralement leurs clients. Le fait de se nourrir d’une manière anarchique ou simplement excessive ne concerne qu’une infime partie des personnes en surpoids. Et ce n’est pas parce qu’un artiste fait une oeuvre dans laquelle il met toute sa créativité et donc sa subjectivité que pour autant les universitaires et les journalistes doivent de se ranger à sa vision du monde. Les personnes obèses représentent 12,4 % de la population française aujourd’hui, et si elles n’en tirent aucune fierté, elles demandent que le même respect de la vérité, appliqué à toutes les autres catégories de population, leur soit accordé lorsqu’elles sont mentionnées par la presse. Veuillez recevoir, Monsieur, nos salutations distinguées. Allegro Fortissimo 31/01/07 |