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Compte rendu des journées de
Brides-les-Bains de septembre 2002
Participer à ces journées pour Allegro c'était en quelque sorte entériner des paradoxes que certaines ont ressenti en nous interrogeant. Nous qui nous situons régulièrement en dehors de l'amaigrissement systématique pourquoi avoir choisi cette ville de cures, si symbolique? Ce qui nous a intéressé c'est la nature de ce congrès tourné vers l'estime de soi, la mise en valeur
de son apparence et même l'abord de notre vie affective, sentimentale et sexuelle, sujet novateur dans ce genre de manifestation. Nous ne pouvions pas rester étrangers à ces questions qui nous préoccupent et qui vont dans le sens de la size acceptance. Et si de tels sujets sont abordés même à Brides c'est que quelque chose est en train de changer et nous pouvons nous en
réjouir. Nous pouvons à la fois nous questionner sur l'opportunité des prises en charge de ces cures et savoir que certains adhérents ont trouvé un bénéfice à ces séjours. Nous pouvons critiquer les régimes hypocaloriques trop stéréotypés et la "politique" de restriction cognitive dont nous connaissons les effets à long terme et suivre avec intérêt l'évolution des
mentalités en vous montrant ce qui bouge.
J'essaierai donc de vous rendre compte le plus fidèlement possible de l'esprit de ces journées sachant que ma subjectivité peut interpréter parfois de façon un peu trop positive car telle est ma nature. Tout d'abord j'ai été très surprise de l'importance donnée à ce colloque. Dans tout Brides des banderoles colorées annonçaient les journées. C'était l'"événement". Les
organisateurs annonçaient 1500 participants. Des ateliers, une table ronde, un défilé de mode nous attendaient. La participation était gratuite et l'inscription aux ateliers se faisait d'avance. Beaucoup se sont déroulés à "guichets fermés" tant il y avait de monde mais il y a eu une sorte de permanence tout au long de ces journées et les mêmes sujets ont été repris avec
d'autres groupes. Les ateliers unanimement choisis concernaient les conseils vestimentaires personnalisés,le thème de la réconciliation avec son corps et le sujet abordant la vie affective, amoureuse et sexuelle. Dans un domaine plus médical, l'atelier sur la gastroplastie a suscité un grand intérêt ainsi que la table ronde intitulée "Regards croisés sur l'obésité". Quant
au défilé de mode organisé par Neckermann et Kristina une marque Belge, il a fallu organiser une seconde présentation le dimanche tant il y avait de monde. (Certains avaient même écourté la réunion précédente pour avoir de la place).
Pour commencer un regard vestimentaire à travers les ateliers
- "Conseils vestimentaires personnalisés"
- "Un look adapté à chaque personne"
- le défilé
Les conseils vestimentaires personnalisés étaient donnés par Sylvie François, styliste à Villeurbanne. Ses modèles très colorés proposés à chacune permettaient un dialogue et des conseils. Je regardais les yeux brillants d'impatience des unes et des des autres mais surtout j'écoutais les réactions de la salle. J'en ai profité pour évoquer Allegro et distribuer nos
plaquettes mais je me suis rendue compte que malgré l'intérêt évident il y avait une sorte de renoncement car notre association n'existe qu'à Paris. Il est grand temps que les relais-provinces existent car il est frustrant de percevoir au cours des congrès une réelle demande, des contacts possibles et une légitimité nationale de notre association à notre portée. Le chemin
sera sans doute difficile mais en regard de ces nouvelles énergies qui se mobilisent on ne peut qu'espérer. J'ai poursuivi mon parcours dans l'atelier animé par Angélique Cavanagh, jeune styliste franco-australienne qui évoquait le look de façon plus globale. Rien de très original si ce n'est une dynamique de groupe intéressante. Elle nous a parlé des trois silhouettes de
"grosses"
En fonction de ces trois morphologies elle nous a donné des conseils de formes de vêtements, de couleurs, de bijoux. Elle a parlé des accessoires en nous montrant toutes les variations autour d'un foulard ou d'une écharpe. Son abord chaleureux et sympathique a invité les unes et les autres à se montrer. Les commentaires fusaient et l'on retrouvait la chaude ambiance
allégrienne des bourses aux vêtements. Peut-être qu'à l'avenir nous pourrions même prévoir ce genre d'intervention. Il a été question de ceintures, de bijoux fantaisie. Des catalogues nous ont été distribués.
Le défilé nous a permis de découvrir des modèles du nouveau catalogue de Neckermann, mode facile à porter d'allure parfois sportive et dynamique. Nous avons découvert également les modèles Kristina faits de superpositions de matières et de longueurs nous mettant en valeur que nous soyons petites ou grandes. Vraiment j'ai beaucoup aimé. Nous avons eu la liste des revendeurs
en France et il existe une adresse Internet. Ces vêtements sont malheureusement chers mais vraiment des idées sont à adopter. Vous pouvez, si vous le désirez, obtenir ces informations dans la rubrique "fringues". Le défilé est toujours un moment festif très apprécié où l'on peut admirer des femmes qui bougent harmonieusement dans ce corps qu'elles mettent en valeur.
Bernard Waysfeld, l'un des conférenciers a été également très impressionné car il a débuté l'atelier en vantant la beauté de cette exhibition et surtout ces vêtements qui nous vont si bien.
Ces considérations de l'apparence que l'on pourrait juger futiles sont de purs moments d'acceptation et une forme d'intimité à cultiver pour le plaisir de tous. Cette façon de nous mettre en scène c'est prendre notre place et exister dans notre spécificité.
Dans l'atelier "Réconciliez-vous avec votre corps" une séance de relaxation était organisée permettant aux participants de ressentir les différents niveaux de respiration, leurs contours, une façon harmonieuse et confortable d'occuper sa position allongée. Je me prenais à imaginer une séance similaire à la Roquette tant il faut peu de choses pour obtenir ce mieux-être
transitoire mais une parenthèse dans nos stress quotidiens. Une participante très ronde et ayant des difficultés à s'allonger est restée assise tirant un certain bénéfice de cet instant de paix provoqué. Beaucoup de douceur dans ces échanges. Chacune est repartie dans un état béat, le sourire aux lèvres, c'était visible.
Puis la table ronde tant attendue nous a conduits dans une salle de cinéma. Le thème "Regards croisés sur l'obésité" réunissait le Professeur Arnaud Basdevant (médecin, chef du service de nutrition, Hôpital Hôtel Dieu, Paris), Professeur Martine Laville (médecin, chef du service de nutrition, Hôpital Edouard Herriot, Lyon),Jean Pierre Poulain (sociologue, maître de
conférence en sociologie, Université de Toulouse le Mirail), Catherine Gay (présidente du Comité d'Organisation), Bernard Waysfeld (psychiatre et nutritionniste), Anne Méziat (chirurgien, Hôpital des Charmettes,Lyon), Françoise Planiol (journaliste santé). La table ronde était parfaitement animée par Danièle Messager, journaliste sur France Inter. Cette table ronde devait,
à l'origine répondre à 3 questions: "L'obésité est-elle une maladie?" "Comment soulager l'obésité?" "Peut-on prévenir l'obésité?"
Seule la première question traitée d'emblée a reçu une réponse précise:
Pr. Arnaud Basdevant
Se référant à la définition de l'OMS il a défini la bonne santé comme un état de bien-être physique, psychique et social. D'après cela on peut être gros en bonne santé ou gros et malade. Pour lui l'excès de poids n'est donc pas forcément une maladie.
Pr. Martine Laville
Pour elle il faut envisager l'obésité comme une maladie afin de reconnaître un certain nombre de droits et de devoirs. Ainsi elle s'insurge contre toutes ces réponses médicales exigeant pour toute prise en charge un amaigrissement préalable. Reconnaître la maladie c'est obtenir une meilleure prise en charge de nos problèmes spécifiques par les pouvoirs publiques. Pour
l'OMS l'obésité est reconnue comme une maladie.
Jean Pierre Poulain
Il replace l'obésité et ses représentations dans un contexte historique et géographique. Il évoque le succès des Sumo, les 40% d'obèses en Polynésie où l'on gave les jeunes filles en haut de l'échelle sociale, la chirurgie esthétique utilisée dans certains endroits pour augmenter la taille des fesses. Pour ce sociologue la médicalisation de l'obésité permet de lutter
contre la condamnation morale de cette affection. Mais celle-ci renforce également l'idéalisation de la minceur créant des stéréotypes peu favorables aux gros.
Bernard Waysfeld
Est-ce que l'obésité est une maladie psychiatrique? une forme de dépression? Ce praticien distingue: les obésités organiques d'origine génétique qu'il nomme incontournables et les obésités accidentelles (appelées autrefois obésités de développement) quand la mère n'a pas pu être le premier miroir pour l'enfant. L'origine du symptôme est donc hétérogène. En ce qui concerne
le rapport à la dépression, la population obèse compte environ 30% de sujets dépressifs. Il ne s'agit pas d'une dépression mais d'un fonctionnement dépressif. L'individu lutte contre le vide affectif en se remplissant. La nourriture permet de ne pas penser, de ne pas éprouver d'émotions.
Le bilan de départ de tout traitement est essentiel et permet de cibler le type de prise en charge. De nombreuses questions sur la gastroplastie et les traitements psychologiques furent débattues n'apportant rien de novateur si ce n'est une certaine prudence et le respect des possibilités de chacun. Des études scientifiques ont démontré l'inégalité des facteurs
héréditaires dans la prise de poids. Des études canadiennes sur la suralimentation ont montré qu'en faisant ingérer 1000 calories de plus par jour à un certain nombre de sujets, certains prennent 4 kilos en un temps donné tandis que d'autres en prennent 15 pendant le même temps. Il serait donc illusoire de n'avoir qu'une seule réponse aux problèmes de surpoids tant la
variabilité de chacun est un facteur individuel. A problème multifactoriel réponse de plusieurs spécialistes. La nutrition n'est pas à prendre en compte uniquement. L'activité physique modérée et régulière semble incontournable . Quant à la prise en charge psy elle n'est pas systématique.
Pour Jean-Pierre Poulain nous sommes dans une société où il faut faire vite. Le diagnostic des modes de vie est difficile à dresser. Ce qui est nouveau dans nos sociétés actuelles c'est la possibilité de choisir. Les trajectoires alimentaires s'individualisent laissant chacun face à un choix. On peut envisager l'acte alimentaire suivant trois axes: la santé (diététique
sociale, catégories de mangeurs, règles) le goût - plaisir (identité, diversité sociale) le social (notion de plaisir de convivialité)
En revenant à cette idée de tout faire vite Bernard Waysfeld pense que si nous allons si vite c'est que nous ne savons pas où nous allons. Dans cette civilisation du "self" il faut éduquer les enfants et surtout redéfinir une spiritualité.
Puis les questions se sont succédées dans un certain désordre évoquant tour à tour la chirurgie plastique, la liposuccion, les médicaments (Sibutral et Xenical dont l'intérêt est très modéré), la psychologie comportementale, la responsabilité des groupes agroalimentaires n'évoquant rien de très nouveau.
En ce qui concerne les médias, nous avons appris que les magazines commandent leurs articles sur la minceur et l'amaigrissement à des journalistes "beauté" et non à des journalistes "santé" ce qui empêche un discours réaliste sur le sujet. Ces articles nous envahissent au mépris de la réalité et des avancées médicales dans un souci mercantile qu'il convient de dénoncer
pour lutter contre la grossophobie et la course à l'amaigrissement.
Puis il a été évoqué un problème de société: le mouvement de judiciarisation qui nous vient des USA cherchant dans toute situation un responsable pour le faire payer. Ce phénomène entraîne certains établissements hospitaliers à refuser les gros en craignant des complications et toute prise de risque. On assiste aujourd'hui à un déplacement des grands problèmes de société
vers le juridique ou vers le médical.
Des grandes questions ont été évoquées ne recevant pas toujours de réponses mais cette table ronde a été globalement intéressante. Les questions étaient nombreuses et variées et nous nous sommes quittés à regret tant les conférenciers avaient des choses intéressantes à dire même si elles n'étaient pas toujours nouvelles.
C'est alors que nous avons pu assister au défilé de mode au Casino, moment attendu festif et toujours très fédérateur.
Le lendemain matin, dès 9 heures un atelier animé par Bernard Waysfeld et moi-même, pour Allegro Fortissimo s'intitulait "Obésité et vie affective" Il s'agissait d'un travail en groupes d'échanges sur les thèmes "Obésité et vie affective" "Obésité et vie sexuelle" "Obésité et vie sentimentale" Nous pensions que ce sujet tout à fait novateur devait vous intéresser.
Après une brève présentation historique des critères de beauté chez la femme et chez l'homme, Bernard Waysfeld nous a lu un témoignage et un texte qui figureront dans son prochain livre à paraître au mois de février 2003 au titre très prometteur: "Le poids et le moi" La salle était comble et j'ai appris que de nombreuses personnes n'ont pas pu participer à cet échange.
En quoi consiste la vie affective?
Ce sont les affects, les émotions, tout ce qui nous permet d'échanger à travers le langage. Plus les sujets sont obèses et plus ils ont du mal à exprimer leurs émotions provoquant un passage à l'acte (la compulsion alimentaire).
Elle varie suivant les époques.
Dans les années 60, nous étions dans l'idéalisation de l'amour. A l'heure actuelle il s'agit souvent d'une "ronde des amoureux", rituel permettant de conquérir son identité par sa relation à l'autre. Avant la construction de l'identité passait par le groupe (existence d'un "moi groupal")
Elle comporte des dimensions psychiques et corporelles. Nous sommes issus des théories des années 70 qui séparaient le corps et le psychisme.
Une certaine maturité est nécessaire pour intégrer le manque qui fait le lit du désir Nous aurons à envisager le manque, le désir, l'objet et le plaisir. Après la libération sexuelle des années 70 nous assistons au renversement des interdits; le sexe est devenu permissif tandis que les interdits touchent tout ce qui est attaché à la bouche et à la nourriture.
A la suite de ce préambule 6 groupes ont été créés traitant des 3 sujets (2 groupes à chaque fois) avec un rapporteur pour chaque groupe.
Le démarrage de la réflexion a été un peu difficile puis la dynamique s'est installée entraînant les plus timides à la réflexion.
Voici, en vrac les idées données globalement pour chacun des sujets
Les réponses sont souvent négatives
émotions
armure
protection
explose
regards
manque d'assurance
rejet du plaisir
passivité
excès
générosité
compensation
manque de confiance en soi
manque de contrôle
solitude
recherche d'objets pour combler son vide affectif
image renvoyée culpabilisation
stigmatisation des points faibles
Seul point positif évoqué
choix d'être gros pour écarter les affects douloureux
effet tampon
Difficulté d'accéder à l'autre
Peur du rejet engendrant une solitude amoureuse ou un comportement de surconsommation (homme kleenex) nymphomanie.
On se venge sur l'image que l'on n'a pas.
En cas de perte de poids: peur de l'autre, peur de la concurrence.
Comment l'autre peut percevoir l'obésité dans la société (difficulté sociale) pouvant entraîner des conflits
Le couple facilite la relation amoureuse
Il est facile parfois d'être gros car le corps devient un corps alibi sexualité.
lingerie importante.
Il faut sortir de son idée de poids dans sa vie amoureuse.
Distinction de l'avant rencontre et de l'après rencontre.
L'obésité complique la relation (encore plus dans le milieu homo)
rencontre préalable
problème de l'image renvoyée
peur de l'échec
hantise de se déshabiller
sur le plan pratique ce n'est pas la même chose (ne vous inquiétez pas je n'ai pas manqué de réagir à ce poncif si souvent entendu).
Mais la séduction est possible même quand on ne séduit pas a priori
"La vraie séduction se moque de la séduction" idem pour la sagesse.
Impression de faire la pute.
Refus de la masturbation.
Manque de contact avec la mère au départ.
Ces idées en forme de brainstorming auraient mérité un développement mais nous n'avions malheureusement pas assez de temps. L'atelier sur la gastroplastie attendait et c'est avec regret que nous avons du en rester là, malgré quelques approfondissements. Nous nous sommes promis de continuer cet intéressant échange à Allegro. Je suis sûre que vous avez beaucoup de choses à
dire. Mais avant de nous séparer je tenais à vous faire partager la phrase de conclusion de notre ami Bernard Waysfeld
"Le plaisir ne se donne pas il se prend"
Il faut qu'enfin la femme décide de prendre son plaisir et non de le donner. Vous ne vous retrouvez pas un peu dans cette phrase?
Ce fut une bonne introduction.
A quand le développement?
Je reste à votre disposition pour toute information complémentaire sur ces journées riches d'échanges et de partages.
Sylvie BENKEMOUN pour Allegro Fortissimo (04/10/02) |