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Plate prière
Seigneur, délivrez-nous de ces filles
sans fesses
qui regardent les nôtres avec réprobation.
Seigneur, délivrez-nous de ces tristes drôlesses,
ou donnez-nous au moins quelques compensations.
Faites qu'autour de la table on leur réserve le banc:
c'est assez confortable sans un certain répondant;
et faites que la salade, la tomate et le citron
rendent beaucoup plus malade qu'un modeste miroton;
et dans votre bonté, faites aussi que le thé
donne plein de calories, Vierge Marie.
Faites que dans les boutiques on regarde de travers
leurs silhouettes étiques nager dans les pull-overs;
qu'essayant la plus banale des robes, on leur dise un peu:
"On fait les tailles normales" sur un ton très dédaigneux;
et dans votre justice, faites que dans leur 36
on les prenne pour des salsifis, ô Sainte Sophie.
Faites que tous ces jeunes hommes, les invitant à dîner,
cessent un peu d'être économes et veuillent imaginer
qu'en ouvrant les bras plus large, ils y gagneraient un peu:
- les filles avec une marge, ça fait beaucoup moins de bleus -
et faites qu'une fois, privés de contrepoids,
ils se foutent la gueule par terre, ô grand Saint-Pierre.
Faites que les magazines payent le papier moins cher,
- c'est pour cela, j'imagine, qu'on voit été comme hiver,
rangés à douze par page des sardines très mini,
des haricots sur la plage ou d'élégants spaghettis -
et que les photographes, dégoûtés des girafes,
découvrent les trois dimensions, Saint Timoléon.
Seigneur, gardez-vous bien de leur donner des fesses:
nous porterons les nôtres avec sérénité.
Seigneur, ne croyez pas surtout que ça nous blesse:
abondance de biens n'a jamais rien gâté. |
Ronde Madeleine
C'est pourtant vrai qu'elle est belle,
mais on ne le dit pas.
Sa beauté n'est pas de celles
qui font vendre des bas.
Elle est comme un beau navire
entoilée largement.
Au moins, quand elle chavire,
c'est qu'il y a du vent.
On la dit pourtant sereine, ronde Madeleine,
ronde, ronde Madeleine,
ronde qui n'est pas en peine,
et qui voudrait dire au monde
que les rondes abondent,
qu'il en est qui désespèrent
d'être jamais linéaires
et que la révolte gronde
chez les rondes, les rondes.
Elle a incurvé sa vie
autour de sa rondeur,
elle s'habille de rires
et de robes à fleurs.
A la mode elle résiste
et met ce qui lui plaît.
Pourquoi s'habiller de triste
quand on a le cœur gai ?
Ce n'est pas ça qui la gêne, ronde Madeleine,
ronde, ronde Madeleine,
ronde qui n'est pas en peine,
et qui voudrait deux secondes
que le monde réponde,
qu'enfin on écoute celles
qui ne sont pas irréelles,
et que souffle un vent de fronde
chez les rondes, les rondes.
Quand elle se met à table,
c'est pour mieux partager
le plaisir irremplaçable
de se savoir aimée.
Elle cueille la tendresse
et la donne à manger.
Dans un monde qui vous blesse
il faut se protéger.
C'est le bonheur qui la mène, ronde Madeleine,
ronde, ronde Madeleine,
ronde qui n'est pas en peine
et qui voudrait que les rondes
dévergondent le monde,
qu'on veuille enfin reconnaître
qu'on a le droit d'apparaître
dans sa nature profonde,
même les rondes, les rondes.
Je ne crois pas qu'elle ignore
tous les mauvais plaisants,
tous ceux qui se déshonorent
en propos méprisants.
Non, mais elle a mieux à faire:
une vie c'est si court.
Faut la vivre tout entière
et sans faire un détour.
Elle aura rempli la sienne, ronde Madeleine,
ronde, ronde Madeleine,
ronde qui n'est pas en peine,
et qui voudrait que les rondes
refondent le mondes
puisqu' enfin, ça se devine
elles sont à l'origine,
et que même la terre est ronde,
elle est ronde, elle est ronde. {2x} |